LE SERVICE ÉVANGELIQUE DES MALADES (S.E.M.)

Document élaboré en 1988 par les responsables du Service Évangélique des Malades du Diocèse de Dax : Chanoine Robert et du Diocèse de Bayonne : Abbé Lagourgue.

Voici quelques indications pratiques sur le S.E.M. (le Service Evangélique des Malades) qui pourront vous être utiles pour la présentation de ce Service et la formation des chrétiens qui souhaitent ou acceptent de s’y engager.

Service Evangélique des Malades

1. Le S.E.M. : une mission pour l’Église

Depuis toujours, l’Eglise considère le service des malades, des plus pauvres, des plus éprouvés, des plus exclus comme un aspect très important de sa vocation et de sa mission. Sans cela, comment l’Eglise serait-elle fidèle à Jésus-Christ en qui le Fils de Dieu a totalement épousé la condition humaine avec tous ses risques et toutes ses limites ?

— En effet, ce Jésus, ne le voyons-nous pas, tout au long des routes qu’il parcourt, particulièrement attentif à ces plus humbles, souvent ces plus exclus que sont les malades ? Il les accueille tous, sans exception et sans poser de conditions ; il les écoute, il va jusqu’à les toucher, il les guérit et, par le fait même, dans bien des cas, les réinsère dans leur communauté naturelle, comme la gué-rison du lépreux, en Mathieu 8, 1-4, en est une illustration incontestable.

— Aux envoyés de Jean-Baptiste qui s’interroge sur la véritable identité de ce Jésus de Nazareth, celui-ci ne fait d’autre réponse que le témoignage des guérisons qu’il opère et qui sont le signe du salut apporté par le Messie tel que l’ont annoncé et décrit les Prophètes, surtout Isaïe et Ezéchiel " Allez racon-ter à Jean ce que vous avez vu et entendu les aveugles voient, les boiteux mar-chent, les lépreux sont rendus purs, les sourds entendent, les morts reviennent à la vie, la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres ; heureux celui qui ne tombera pas à cause de moi " (Luc 7, 22-23 en référence avec Isaïe 26, 19;29,18 ; 35, 5-6 ; 61,1; et avec Ezéchiel 61, 1).

— Ce que Jésus a fait, il l’a aussi enseigné, spécialement dans la Parabole du Jugement dernier : " J’étais malade, et vous m’avez visité... (Mathieu 25, 31 et ss.). La personne du malade n’est donc autre que le visage humain de Jésus-Christ qui se donne à découvrir, à reconnaître et à accueillir par celui qui se veut disciple de l’Emmanuel (Dieu avec nous) venu parmi nous " pour que les hommes aient la vie, et qu’ils l’aient en abondance " (Jean ,10, 10). Par ailleurs, de sa pratique et de son enseignement, ne nous a-t-il pas laissé un suprême " mémorial " dans l’épisode du Lavement des pieds, le Jeudi Saint " Si je vous ai lavé les pieds, moi le Seigneur et le Maître, vous devez vous aussi vous laver les pieds les uns aux autres... " (Jean 13, 14-15).

— Ainsi donc, par le Baptême, membres du Christ mort et ressuscité, les chrétiens ont la même mission que Lui envers tout humain, en particulier envers tout frère malade, handicapé, démuni ou laissé de côté. L’attention qu’ils portent à ce frère sera la vérification de leur fidélité à Celui qui s’est fait " servi-teur " : " Je ne suis pas venu pour être servi, mais pour servir " (Marc 10, 45).

On comprend, alors, que le Christ ait fait du service des malades l’un des signes essentiels de la venue du Royaume de Dieu. Dès lors également, on prend mieux conscience de la portée de cet envoi en mission que l’Eglise, par le biais du S.E.M., adresse plus particulièrement à quelques-uns de ses membres. Sans que pour autant un baptisé puisse se sentir dispensé d’une attention aux mala-des, aux handicapés, aux isolés, etc…

2. Le but du S.E.M. :

LE SERVICE ÉVANGÉLIQUE DES MALADES a pour but et pour mission :

— d’être auprès des malades, des personnes âgées ou isolées, l’écho " normal ", " ordinaire " du souci collectif de toute la communauté paroissiale envers ces autres frères atteints par le handicap de la maladie, de l’âge ou de la soli-tude. Les membres du S.E.M. sont des " envoyés " qui ont pour mission de rendre la communauté paroissiale présente auprès de ceux qui sont retenus à domicile ou en établissements hospitaliers ;

— d’interpeller constamment la communauté paroissiale, le Conseil Pas-toral ou les divers groupes d’Eglise sur la place qui est faite, en leur sein, au malade, à la personne âgée ou isolée. Il s’agit d’éveiller l’attention de la com-munauté à celui qui, malgré lui, en est absent ;

— d’assurer le lien avec l’Aumônerie d’établissements hospitaliers ou de Maisons de Retraite auxquels ces malades ou personnes âgées pourraient avoir recours provisoirement, voire définitivement. Ce lien est une garantie du suivi de l’accompagnement ;

— d’harmoniser les efforts accomplis par d’autres mouvements ou servi-ces d’Eglise dans le sens d’une présence aux malades, aux personnes âgées ou isolées. Le S.E.M. ne cherche pas à chapeauter, encore moins à supplanter ; mais tout en respectant l’autonomie de chaque mouvement ou service, le S.E.M. veille à établir plus de cohésion entre tous, de manière à éviter les tuilages ou que telle personne soit oubliée.

Remarques

- Il n’est pas dans la vocation du S.E.M. de répondre à toutes les attentes des personnes visitées. Mais il devra, parfois, alerter les organismes qualifiés, quand personnes d’autre ne le fait ;

- Le S.E.M. n’a jamais non plus pour vocation de remplacer les prêtres, sous prétexte qu’ils sont de plus en plus rares ou âgés. La mission du prêtre est irremplaçable et d’un autre ordre. On ne remplace pas le prêtre ; on colla-bore avec lui à la sanctification de tout le Corps du Christ, l’Eglise.

3. Quelques orientations pratiques :

a) Constituer une équipe du S.E.M. :

— Il s’agit d’un groupe d’hommes et de femmes de tous âges (ce Service n’est pas réservé exclusivement au 3ème âge...), groupe qui a reçu délégation de la communauté paroissiale.

— Il va de soi que le Service gagne à ce que ses membres soient connus dans leur immeuble, leur rue ou leur quartier. Cela ne peut que leur faciliter l’accès auprès des personnes qu’ils visitent.

— Toute équipe doit être reconnue par le responsable de la paroisse et travailler en lien étroit avec lui.

— Normalement, le S.E.M. est représenté au sein du Conseil Pastoral et doit y exprimer la réalité et la sensibilité des malades.

— L’engagement dans le S.E.M. implique qu’on accepte de se former à la relation avec le malade, le handicapé ou la personne âgée. La bonne volonté ou l’intuition ne peuvent suffire. Pour acquérir cette formation, une aide pré-cieuse peut être apportée par les partenaires du Sanitaire ou du Social, comme la F.C.M.H. (Fraternité Catholique des Malades et Handicapés), l’A.C.M.S.S. (Action Catholique des Milieux Sanitaires et Sociaux), la R.E.P.S.A. (Religieu-ses dans les Professions de Santé), l’Aumônerie des Hôpitaux, le S.C.E.J.I. (Service Catholique de l’Enfance et de la Jeunesse Inadaptées), etc...

— Enfin, les membres du S.E.M. doivent pouvoir se retrouver en équipe, pour des réunions de partage et de communication de leurs découvertes et expé-riences mutuelles, pour se concerter, etc… Il est souhaitable, voire nécessaire, que le Curé de la paroisse ou un autre prêtre plus spécialement chargé du S.E.M. participe à ces réunions du S.E.M. Le rythme d’une réunion tous les deux mois ne semble pas exagéré.

b) Assurer un authentique service d’Eglise :
(quelques pistes de réflexion pour la formation)

— Régularité des visites, leur fréquence étant à déterminer par les mem-bres des équipes, en usant de discernement.

— Visites toujours empreintes de beaucoup de respect et d’écoute, car, bien souvent, la personne visitée a autant à nous apporter qu’à recevoir. Faute d’une véritable écoute, la visite prendrait facilement l’allure d’une sorte de pater-nalisme ou d’un assistanat ; alors qu’il s’agit d’aider la personne du malade à accéder à toujours plus d’autonomie, dans le sens de la devise de la F.C.M.H. : "LÈVE-TOI ET MARCHE ! "

— Dans des cas plus nombreux qu’on ne croit, le malade, le handicapé, même la personne âgée, est capable de tenir une place certaine dans l’anima-tion d’un groupe de prière, de réflexion ou de catéchèse, de rendre, à son tour, visite à un autre malade, etc.

— Souci constant du lien à établir ou à maintenir entre la personne âgée, malade ou isolée et la communauté paroissiale porter la feuille paroissiale, communiquer les annonces du dimanche...

De la même manière, on songera à donner à cette communauté des nou-velles de ces (ses) membres absents ou retenus chez eux prière universelle, homélie, feuille paroissiale... Étant bien entendu qu’on ne peut jamais faire l’économie d’une grande discrétion.

Remarque :

Au cours de leurs visites ou en raison de leurs contacts, les membres du S.E.M. peuvent être amenés à prendre connaissance de situations de détresse matérielle ou de solitude ou de marginalités. Le S.E.M. ne peut s’enfermer dans des frontières. Comme il a été dit plus haut, il n’a pas vocation à tout résou-dre. Mais il lui appartient d’informer les organismes compétents et d’engager une réflexion avec la F.M.C.H., le S.C.E.J.I., le Conseil Pastoral, etc…

c) Célébrer les Sacrements de l’Église :

Les Sacrements sont les " signes " de la " Nouvelle et Eternelle Alliance ". La réalité du Salut, c’est le Christ. Il n’y a pas d’autre Sacrement de Salut que Jésus-Christ.

Dieu veut que les hommes entrent en contact avec Lui comme ils entrent en contact les uns avec les autres, à travers des gestes et des signes d’hommes.

Le Sacrement primordial, fondamental, c’est l’humanité de Jésus-Christ, car c’est à travers cette humanité que Dieu, l’Invisible, va se rendre visible.

Depuis l’Ascension, comme avant, l’humanité de Jésus-Christ doit exer-cer son action : rendre visibles Dieu et son amour pour les hommes. Pour cela, cette humanité a besoin d’être relayée dans sa visibilité. L’Eglise est appelée à relayer cette visibilité, à faire en sorte que le Seigneur se rende visible à tra-vers des hommes, des gestes et des initiatives d’hommes.

L’Eglise est le lieu de la visibilité de Dieu, en Jésus-Christ. Elle est un Corps vivant. A travers tout ce qu’elle dit et fait, elle est " sacrement ". (Elle n’est pas Jésus-Christ, car elle a toujours à se réformer, à se convertir ; mais elle n’est pas moins que le Sacrement, le Signe de Jésus-Christ). Elle a reçu mis-sion et pouvoir de faire exister les actes mêmes du Christ. Elle dispose en elle-même d’éléments, personnes et choses, qui sont le garant de cette mission : c’est ce que nous appelons " les Sacrements ".

Par les Sacrements, l’Eglise exerce la grâce et le charisme de rendre le Christ
- visibles à notre portée - aujourd’hui. Les Sacrements de l’Eglise, prolonge-ment terrestre de l’humanité glorifiée du Christ, ne sont pas des choses, mais des " rencontres" d’hommes sur la terre avec l’homme glorifié, Jésus, par le moyen d’une forme visible.

Les Sacrements sont la manifestation concrète de l’acte de Salut et de " Guérison " de l’homme. L’Eglise exerce ce ministère de Salut et de " Guéri-son " plus spécialement par les Sacrements du Baptême, de la Réconciliation, le Sacrement des malades et, surtout, le Sacrement de l’Eucharistie dans lequel tout est signifié et renouvelé.

En conséquence :

— porter la COMMUNION est, pour le S.E.M., le meilleur moyen de signifier et de réaliser, en même temps que l’union du malade avec le Christ, l’union du malade avec la communauté paroissiale rassemblée pour célébrer et partager le Pain que le Père veut partager à tous ses enfants. Il serait sans doute bon que, pour certaines fêtes (ex : Jeudi Saint, Pâques, Toussaint, Noël, etc.), cette Communion des " présents " et des " absents " soit concrétisée, au moment du Repas Eucharistique, par un envoi solennel de ceux qui vont porter la Communion aux malades

— dans cette même ligne, les membres du S.E.M., veilleront à ménager au prêtre des contacts avec les malades et les personnes âgées, en vue du Sacre-ment de RÉCONCILiATION. Ils aideront les gens à bien comprendre

* que s’il y a les péchés de jeunesse, il y a aussi ceux de la vieillesse ;
* que le péché n’est pas tellement ce que nous faisons ou ne faisons pas, mais ce que nous ne sommes pas par rapport à Dieu et par rapport aux autres ;
* que l’essentiel, dans ce Sacrement, c’est le geste d’amour et de guérison de Dieu que nous accueillons dans la Foi.

— enfin, celui qui s’engage dans le S.E.M. doit savoir qu’un jour ou l’autre il aura à aborder avec le chrétien malade la question de l’ONCTION des MALADES.

* D’une part, il lui expliquera bien que l’Onction des Malades n’est plus "l’Extrême Onction ", mais le Sacrement du Réconfort que Dieu apporte dans une situation d’usure ou de maladie, à travers la prière de la communauté. Cette prière demande la guérison, sinon du corps, du moins celle du cœur, pour pou-voir vivre avec une foi généreuse ce que la vie nous réserve. Attention à l’image que l’on donne de Dieu !

* D’autre part, le membre du S.E.M se préoccupera de prévenir à temps le prêtre, en lui signalant où en est le malade de sa préparation au Sacrement des Malades.

De même, il s’efforcera d’aider la famille et les proches du malade à pren-dre toutes dispositions souhaitables pour une réception sereine de ce Sacrement par le personne concernée. N’est-ce pas aussi une manière d’assurer une dimen-sion communautaire à cette démarche ?

Il va sans dire que l’on ne doit jamais attendre un état comateux pour faire administrer l’Onction des Malades.

d) Quelques convictions...

— L’accompagnement des malades en phase terminale...

De plus en plus se posera la question des malades en phase terminale. Un lien établi, une amitié commencée ne peut s’arrêter à un moment aussi déter-minant. Mais en pareil cas, comment assurer une véritable présence ?

Pas de recette absolue, mais des convictions toutes simples doivent nous habiter

Le malade, même le mourant, est toujours une personne aimée de Dieu il est toujours " mon frère "
* nous voudrions partager son angoisse face à la mort, mais lui sent bien qu’il est seul face à cette échéance ;


Le meilleur accompagnement se manifeste en des signes d’une présence discrète : tenir la main, parfois une prière toute simple, le SILENCE, très souvent.

— La Formation...

Ce point a été déjà évoqué à plusieurs reprises. Quelles que soient les situations possibles, une formation s’avère nécessaire pour ne pas dire ou faire n’importe quoi :

o par rapport à une proposition de Sacrement;

o par rapport à la maladie, la souffrance, la prétendue " volonté de Dieu";

o par rapport à certaines revendications ou attentes du malades, de la personnes âgée ou isolée.

o par rapport à nos comportements avec le personnel sQignant, surtout le personnel des établissements hospitaliers, quand nous sommes amenés à conti-nuer l’accompagnement des malades jusque-là visités à domicile.

Les moyens d’une Formation (fiches, livres, conférences., sessions, etc.) ne manquent pas.

Document élaboré en 1988 par les responsables du Service Évangélique des Malades du Diocèse de Dax : Chanoine Robert et du Diocèse de Bayonne : Abbé Lagourgue.