NAVARRE: HISTOIRE DU LIEU DIT "JAVIER"


Au XVI° siècle, le royaume de Navarre s'étendait de Tudela jusqu'aux confins de Labastide-Clairence et Hasparren. La "merindad de Ultrapuertos" (Navarre française) comprenait les terres de Baïgorry, Arberoue, Ossès, Mixe, Ostabaret et Cise. Les rois de Navarre se déplaçaient sans cesse, en une sorte de mouvement perpétuel, de Tudela à Pampelune et Orthez.

Château de Javier

A 6 km de Sangüesa, sur un rocher qui domine la vallée de l'Aragón, se dresse le château de Xaberri du basque "etxeberri", de "etxe" = maison et "berri" = neuve, avec de solides tours crênelées, où est né Saint-François Xavier, le 7 avril 1506. L'histoire nous raconte que le roi Théobald I fit don de cet ouvrage défensif placé face au royaume d'Aragón. Depuis Sanche le Fort, c'était une forteresse défensive contre les Musulmans et la frontière entre les royaumes de Navarre et d'Aragón.

C'est de la maison "Lascorrea", à Jaxu, que sortit la lignée de Pedro de Jassu, bayle - Gouverneur - de Saint-Jean-Pied-de-Port et ... arrière grand-père de Francisco. Le deuxième de ses trois fils, Arnalt Périz de Jassu, épousa Guillerma de Atondo de bonne noblesse. Ils eurent six enfants dont le cinquième fut le docteur en théologie Juan, père de Francisco. "Alcade mayor de la Corte de Navarra" - Président perpétuel du Tribunal suprême de Justice - il fut Conseiller et Maître des finances des souverains Jean III d'Albret et Catherine de Navarre, à la cour de Pampelune. C'est lui qui reçut dans ses mains le serment de couronnement des rois de Navarre.

Marie de Azpilcueta y Aznarez, de bonne noblesse dans la vallée du Baztan, est fille de Martin de Azpilcueta et arrière petite fille de Miguel de Azpilcueta qui épousa André Maria Oteiza du lignage de Don Aznar de Oteiza de Aragon.
Au début du XVI° siècle, la Navarre est indépendante. En 1512, Ferdinand, roi de Castille et d'Aragon, envahit la Navarre qui se souleva en 1516 et la répression fut impitoyable. Toutes les forteresses furent démantelées. François-Xavier, né le 7 avril 1506, a 10 ans quand il voit les soldats le chasser de la demeure familiale. La carrière militaire devient impossible, il s'orientera vers l'engagement ecclésiastique. En 1525, il part étudier au collège Sainte-Barbe, à Paris, où il enseignera la philosophie et rencontrera un compatriote basque Ignace, fils du château de Loyola. Ils prononceront leurs vœux dans une chapelle souterraine de Montmartre et fonderont la Compagnie de Jésus. De l'amitié des deux compatriotes naîtra une vocation religieuse puissante et dévorante qui l'emmènera aux Indes, Afrique, Japon, Sumatra, etc. jusqu'à Goa, possession portugaise et sur l'île de Sancian, près de Canton, en Chine, où il mourra le 3 décembre 1552, à l'âge de 46 ans. Déclaré patron des Missions et apôtre des Indes et du Japon, les Jésuites le considèrent, depuis, comme le successeur de l'apôtre Paul.

L'ENFANCE DE SAINT FRANCOIS-XAVIER (1506-1552) EN NAVARRE

Xavier est pour nous aujourd'hui un prénom. Or, ce n'était à l'origine qu'un nom de lieu, dont la graphie hésita longtemps (Saviero, Xabier, Xavier, etc.) pour se fixer enfin sur nos cartes touristiques en Javier. Le château fut donné au XIIIe siècle par Thibault IV, comte de Champagne, aux ancêtres de François, les Azpilcueta, en reconnaissance de leurs loyaux services. Or les Azpilcueta devaient s'éteindre avec la mère de François. A l'occasion de son mariage avec Don Juan de Jassu, ministre des finances du roi de Navarre, ce dernier transféra au père de François le nom et les armes de Xavier. Ce don s'accompagnait d'une clause: le dernier fils de Don Juan et de Maria hériterait du titre... Ce dernier fils, ce serait François ! Voilà pourquoi il signait: Francis de Xavier, Francesco de Xavier, ou Francesco tout court. La célébrité a ses servitudes: notre François de Xavier devint François Xavier, et même Xavier.
Lorsque naît François, le 7 avril 1506, la Navarre est encore un royaume indépendant sur lequel règne Jean III d'Albret. Se sachant menacée par la Castille qui unifie les Espagne à son profit, la Navarre s'appuie sur la France. Or lorsque Louis XII entre en guerre avec le Pape Jules II, la Castille en profite pour envahir la Navarre (1512). Toutes les forteresses, dont Javier, sont démantelées et les terres confisquées : le père de François meurt de chagrin en 1515 et François a 10 ans lorsqu'il voit des escadrons de soldats castillans raser murs et tours de la haute demeure seigneuriale.


En 1521, les " communeros" de Castille se soulèvent contre leur suzerain, Charles Quint, un Germain. Henri d'Albret, successeur du roi Jean, croit le moment venu de libérer sa patrie ; une armée française l'appuie. Deux frères de Xavier rallient les troupes de libération. Le 24 mai, Français et Navarrais attaquent Pampelune; la ville tombe, mais la citadelle, dont un jeune gentilhomme basque, Inigo de Loyola résiste et soutient le courage. Inigo est blessé par un obus. La citadelle capitule. Inigo est reconduit au château de Loyola par des soldats français. Bientôt il se convertira, à la lecture d'une vie du Christ et de la biographie de saints. Commence alors pour lui un itinéraire mystique, dont François un jour bénéficiera. Le succès de Pampelune sera éphémère. Peu après, les Castillans infligeaient aux Français et aux Navarrais la défaite de Noain. L'expédition libératrice tourne à la déroute ; toute la Navarre au sud des Pyrénées est annexée au royaume de Castille.

De 15 ans à 18 ans, François mène une vie solitaire et monotone, et partage l'angoisse et la fierté de sa mère, dans l'attente du retour au château de ses deux frères aînés résistants jusqu'au-boutistes face à Charles Quint. Le plus gros de ses journées et surtout les longues soirées s'écoulent dans cette grande chambre, qui sert à la fois de salle à manger et de cuisine, de salle de séjour et de réception.
En sortant du château ou en y rentrant, il s'arrête dans le petit oratoire tout proche, à la chapelle San Miguel (le patron du château) où se dresse sur sa Croix le Christ au sourire douloureux et vainqueur, ce Christ que ses ancêtres ont enfoui dans la muraille au temps où les Sarrazins envahissaient la Navarre, ce Christ qui, pendant les derniers mois de sa vie missionnaire, se couvrira - dit-on - tous les vendredis, de grosses gouttes de sueur.

Que choisir à 19 ans ?

L'éventail des voies possibles est étroit pour ce fils d'une famille quasiment ruinée, cadet de deux frères politiquement marqués et dont le père n'est plus là pour reconstituer la fortune. Alors quelle carrière ? Pas celle des armes évidemment. Partir pour les nouveaux mondes ? Il faudrait s'aboucher avec les Espagnols honnis ou les Portugais. Restait le Droit - à la fois la célébrité de son parent, le " Docteur de Navarre ", et l'exemple de son père l'y inclineraient - et les charges ecclésiastiques. Avant de choisir définitivement, il faut d'abord passer les examens de la Faculté des Arts. Va pour les Arts ! A ces hautes études, François est préparé: il a appris déjà le latin. Vers quelle Université s'orienter ? Alcalà est célèbre, mais elle est située en Castille. Par la terre des Jassu, François ressortit à la France, et l'Université de Paris jouit en ce temps-là d'une réputation européenne : la Navarre y possède même un " collège ". Et puis pour un jeune hidalgo, ambitieux, rêveur, sensible, curieux, Paris a bien des attraits. Voici donc ce qui est décidé. C'est à Paris qu'il ferait les treize ou quinze ans d'études qui le conduiraient au fructueux diplôme de " Docteur en Théologie ".

Par prudence, François, avant de partir, se fait tonsurer, comme clerc à la cathédrale de Pampelune ; d'autant que cela ne l'engage à rien et l'exempte du service militaire et de la juridiction des tribunaux civils. François dit adieu à sa mère, à ses frères, au château démantelé, symbole de ses drames et de ses chances. Mais il est sûr de conjurer le sort qui jusqu'ici lui a été hostile. Lorsqu'il reviendra un jour à Javier, il sera docteur en droit ou en théologie : un avenir brillant lui est encore ouvert. Ainsi rêve-t-il ! Jamais François ne franchira de nouveau le pont-levis de la demeure seigneuriale. Il ne sera jamais docteur. Et pourtant si le nom de Javier figure encore sur les cartes de la région, c'est à lui qu'on le doit.