APERCUS SUR L'HISTOIRE DU DIOCESE DE BAYONNE
par Monseigneur Bernard Goity


Sommaire:
Les commencements
Le Moyen-Age
XI - XIIIe siècles
XIV - XV e siècle
Réforme et contre-réforme
XVIe - Réforme protestante
XVIIe -Contre-réforme catholique
XVIIIe -Contre-réforme
La révolution
L'Eglise concordataire
Du concordat à l'avénement de la République - 1801-1875
La séparation de l'Eglise et de l'Etat 1905
XXe siècle
1905-1934
1934-1965


Remarques préliminaires

"Chaque Eglise particulière se doit de transmettre sans cesse à nouveau d'histoire l'héritage de culture et de foi qui est son patrimoine propre, qui définit en quelque sorte sa personnalité et nourrit son dynamisme apostolique ... Ce n'est pas là une sorte de luxe... Il y va de la vérité de l'Evangélisation ... Les prêtres ne sont pas les seuls à porter la mémoire de leur Eglise. La charge en incombe au peuple de Dieu tout entier" (Les prêtres diocésains - Leur ministère et son avenir en France - Documents de l'Episcopat – n°4-5 1999).

"L'Eglise de Bayonne n'a pas joué grand rôle dans l'histoire générale de l'Eglise de France"
(Catholicisme 1, col. 1332).

On peut dire la même chose des diocèses de Lescar et d'Oloron qui forment depuis 1801-1822 (avec celui de Bayonne et une partie du diocèse de Dax), le diocèse actuel de Bayonne.

LES COMMENCEMENTS

1 - L'Evangélisation a atteint notre région dès le Ve siècle. Elle s'est faite le long des voies romaines qui traversaient les "cités", celle des Aquensium (Dax), des Benarnensium (Lescar) et des Iloronensium (Oloron). Le territoire de Lapurdum (Bayonne) dépendait de Dax.

2 - Une organisation ecclésiale apparaît dès cette époque. Un évêque habite le chef lieu de la cité" . L'histoire a retenu quelques noms d'évêques grâce à leur participation à des Conciles. Au Concile d'Agde (506), se trouvent Galactoire de Lescar, Gratien de Dax et Grat d'Oloron.Licerius (d'Oloron) participe au Concile de Paris en 573 et au Concile de Mâcon en 585. Artémon (d'Oloron) vers 672-675 au Concile réuni par Chilpéric Il à St-Pierre de Granon, en. Agenais.

St Léon est venu à Bayonne vers la fin du IXe siècle. Premier évêque de Bayonne ! En tout cas, évêque à Bayonne où il fut martyrisé

3 - Solidité de cette structure ? Elle ne résistera pas aux invasions barbares. Il semble que la Christianisation a atteint les plaines du piémont déjà romanisé mais guère les montagnes.
Il y a un "saltus vasconum" qui semble avoir été particulièrement rebelle à l'Evangile.

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LE MOYEN AGE

1 - XIe - XIIIe siècles

Après les invasions normandes c'est la nuit qui s'étend sur notre région, comme sur l'Europe. Faiblesse du pouvoir central (civil et ecclésiastique) qui permet la mainmise des

féodaux sur les Eglises. Dans notre Sud-Ouest s'est formé le duché de Gascogne, doublé d'une circonscription ecclésiale qui a sa tête un évêque qui se dit évêque de Gascogne, mais qui n'oublie pas d'ajouter à son titre d'évêque de Bazas ceux Dax, Aire, Lescar et Oloron.

L'un d'eux, au XIe s. ajoutera le titre d'évêque de Bayonne.

En 1023, le roi de Navarre Sanche le Grand fonde la Vicomté du Labourd pour un de ses cousins. Est-ce également l'origine du diocèse de Bayonne ?

Plus important encore, en ce Xle siècle, sur le plan de l’Eglise universelle, c'est la réforme grégorienne ( Grégoire VII). Elle se fera sentir chez nous.

A - La Réforme dans les trois diocèses

1 - Limites territoriales -

Les évêchés de Lescar et d'Oloron retrouvent leurs anciennes frontières. Cependant Oloron aura quelques difficultés avec Dax au sujet de la Soule et de l'Amikuze (St-Palais). Finalement la Soule reviendra à Oloron et Amikuze à Dax.
Bayonne entrera dans les limites de la Vicomté. Mais il y aura des difficultés avec Pampelune au sujet des territoires situes au sud des Pyrénées (Bastan, Cinq Villes, Oyarzun et Fontarabie). Deux Bulles papales seront nécessaires pour régler ce problème.

2 - Les Evêques -

Les Conciles réformateurs arracheront aux seigneurs la nomination des évêques et leur feront rendre les biens pris aux Eglises. Il n’y a pas de séparation de l'Eglise et de l'Etat. Ces évêques s'occupent avec le même zèle du bien des fidèles et des affaires de l'Etat.

A Bayonne : Raymond de Martres (1125-1130) : il sera considéré comme le fondateur de la ville - C'est lui qui commence la construction du pont.
Bernard de Lacarre : (1186-1206) : il fut amiral de la flotte de Richard roi d'Angleterre à la 3e Croisade.

A Oloron : Amat (vers 1080) - Il construit l'église Ste-Croix. Il avait la confiance de Grégoire II qui lui confiera des missions en divers pays. Il deviendra archevêque de Bordeaux.


A Lescar : Grégoire, l'un des premiers évêques de la réforme qui va réorganiser le diocèse. L'évêque de Lescar est seigneur temporel de Lescar. Les Vicomtes iront habiter à Morlaàs et puis à Orthez : ils lui laissent le champ libre à Lescar.

Il faut souligner le sens de la collégialité qu'ont ces évêques. Ils sont souvent réunis avec leurs confrères de la région pour régler certaines affaires internes à leurs diocèses.


Participation aux Conciles oecuméniques

En 1179, Adhémar de Bayonne assiste au Ile Concile oecuménique réuni au Latran par Alexandre 111. Dans le dernier Canon adopté par les Pères, sont excommuniés les seigneurs qui utilisent les services des bandes d’Aragonais, de Navarrais, de Basques "qui dévastent tout comme des païens". L'évêque d'Oloron a assisté également à ce Concile.

En 1215, au 12e Concile oecuménique (4e du Latran) assistent les évêques de Bayonne et d'Oloron (ainsi que celui de Dax et de Bazas.

3 - Les monastères -

En 980 a été fondé le monastère bénédictin de Lucq de Béarn. Ceux de Larreule et de Sauvelade voient le jour à cette époque. Des prieurés vont dépendre de ces abbayes et seront à l'origine de plusieurs paroisses. Pratiquement seul le prieuré de Ste Foy de Morlaàs dépendra directement de Cluny.

A Bayonne, il n'y a pas d'abbaye bénédictine. Les Prémontrés vont s'installer à Lahonce vite après leur fondation par St Norbert.

B - La vie du peuple de Dieu

Difficile de dire ce qu'elle était, en l'absence de documents. On peut le deviner à travers trois phénomènes qui marquent cette époque.

1 - La construction des églises -

La vie chrétienne s'organise autour du lieu de culte. On assiste en Béarn et en Soule à une floraison d'églises de style roman.

A Oloron, l'église Ste-Croix : commencée par Amat et terminée par son successeur Odon (fin du Xle s.). Vers 1102, le nouvel évêque commence la construction de la Cathédrale Ste Marie : témoin de cette époque, le portail roman.
Les églises construites à cette époque sont très nombreuses, parfois des églises très simples qui ne gardent comme marque d'origine par exemple qu'un tympan avec un chrisme.
Ces constructions indiquent que la situation économique était satisfaisante. Il est vrai que les seigneurs y investissaient les "bénéfices" des campagnes d'Espagne contre les musulmans. Elles indiquent surtout la ferveur et la générosité des fidèles. Cela est vrai également pour Bayonne où la construction de l'église a une place importante dans les préoccupations du Chapitre ! Ces églises vont donc permettre le culte divin, et vont également regrouper les habitations. Ce sera l'origine de pas mal de paroisses et de communes.

2 - Les pèlerinages -Le pèlerinage de Compostelle -

Très tôt la piété des fidèles a entouré et investi certains lieux - souvent des centres païens christianisés - et certaines églises possédant des reliques qui deviennent des lieux de pèlerinage et de dévotion.
Mais en plus de ces pèlerinages locaux, le Béarn et le Pays Basque sont pour ainsi dire le passage obligé des pèlerins de St Jacques de Compostelle. Le passage des Pyrénées se fait au Somport et à Roncevaux. La route du bord de la mer n'est pas négligeable.
L'hébergement de ces pèlerins suscitent la construction des " hôpitaux " le long des routes. Les plus connus sont celui de Ste-Christine au Somport et celui de Roncevaux
Pour aider la piété des pèlerins, on procède à la construction de chapelles et d'églises dépendantes de ces "hôpitaux"
L'accueil de ces pèlerins - en tout cas au Pays Basque - n'a pas été toujours des plus " chrétiens " 1 Aimerie Picaud (de Poitiers) s'en plaint dans son journal de voyage.

3 - La participation aux Croisades et aux Conciles

a) la l ère Croisade (1096-1099) - Le duc de Gascogne ne s'est pas croisé. Gaston IV, Vicomte de Béarn se croisera sous la bannière du comte de Toulouse. Il aura un rôle important dans le déroulement de la Croisade et à la prise de Jérusalem le 25 juillet 1099.

b) la Croisade contre les Maures en péninsule ibérique - Les évêques béarnais et parfois basques, accompagnent les seigneurs. Gui de Loos (1114-1141), évêque de Lescar et Bernard d’Asterac, évêque de Bayonne, sont à la victoire de Saragosse. Le premier sera également au désastre de Fraga où il sera fait prisonnier.

c) la 3ème Croisade - Bernard de Lacarre (1185-1208) fut nommé amiral de la flotte anglaise par Richard roi d'Angleterre.

d) la Croisade des Albigeois - L'hérésie cathare n'a guère pénétré dans les diocèses du Sud-Ouest. Au Concile de Tours réuni par le pape Alexandre 111 en 1163, aucun évêque de notre région n'y assiste. Les Croisés feront appel à des Vascons pour essayer de prendre Montségur. Il reste que politiquement et militairement la région est très perturbée.

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II – XIVe - XVe siècles

Au début du XIVe siècle, on peut dire que les diocèses basques et béarnais ont acquis leur vitesse de croisière.
Le contexte politique est celui de la Guerre de Cent Ans et celui du règne de Gaston Phoebus (1343-1391). Grâce à lui surtout, la région n'aura pas trop à souffrir. Le Labourd est anglais et s’en trouve fort bien.

A - Structures des diocèses

1 - Limites et organisation -

Les limites des diocèses sont désormais bien fixées. Cependant il faudra encore un long procès entre le diocèse de Bayonne et Roncevaux pour la possession du Val Carlos.
Les diocèses se sont dotés des structures "canoniques" - ils comportent plusieurs archidiaconés, l'archidiacre étant surtout chargé du personnel et des questions matérielles, et d 1 archiprêtrés en général plus nombreux, l'archiprêtre étant chargé plutôt de la vie liturgique.

2 - Les évêques -

Ils sont élus normalement par les Chapitres cathédraux. De plus en plus les Vicomtes au Béarn vont chercher à influencer le choix des chanoines. L'aristocratie et même les familles royales seront représentées sur les sièges épiscopaux. Ceci n'est pas aussi vrai à Bayonne. Mais en général ces évêques remplissent avec conscience les obligations de leur charge, même s'ils n'échappent pas toujours à un rôle politique. Ils sont assez souvent choisis parmi les religieux (dominicains et franciscains)

3 - Participations aux Conciles -

Il s'agit surtout du Concile de Constance qui mit fin au Schisme d'Occident (1388-1414). Ce schisme n’a guère touché le peuple fidèle. Il s'agissait d'un "combat de chefs" ! Cependant il y a eu "schisme" au niveau des diocèses et des évêques : on était de l'obédience de Rome ou de celle d'Avignon, le plus souvent selon le choix des responsables politiques.
Chez nous cela s'est fait sentir surtout au diocèse de Bayonne : le Labourd dépendait de l'Angleterre qui était pour Rome et la Basse-Navarre du Royaume de Navarre qui soutenait Avignon. Il y eut un évêque romain à Bayonne et un évêque avignonnais à St Jean Pied de Port . Le diocèse d'Oloron fut également divisé.
L'évêque avignonnais de Bayonne, Guillaume de Laborde, assista au Concile de Constance qui décida que le dernier évêque vivant serait évêque de tout le diocèse.
L'évêque de Lescar également y a assisté : c'était le Cardinal Pierre de Foix. Il a eu un rôle important, pendant et après le Concile auprès de Benoît XIII, réfugié à Peniscola, et auprès de ses partisans en particulier aragonais.

B - La vie du peuple de Dieu

1 - La construction d’Eglises - Elle continue - il s'agit maintenant du style gothique

a) Au Béarn la cathédrale d'Oloron est reconstruite après un incendie. L'église d'Orthez et bien d'autres sortent
de terre. Au XVe s : Monein et Lembeye en style flamboyant ;

b) Au Pays basque :construction de la cathédrale de Bayonne, grâce aux libéralités du Cardinal
Godin, un dominicain bayonnais nommé par Jean XXII (en Avignon).
On trouve des traces de construction gothique dans les églises de St Jean Pied de Port, Uhart-Cize, Garris, etc.

2 - Les pèlerinages -

Celui de Compostelle, un peu ralenti par la guerre , se poursuit.
Localement, celui de Sarrance, pris en charge par les Prémontrés en 1344, connaît une grande renommée. A la fin du XVe s : Bétharram et Notre-Dame-du-Bout-du-Pont sont en honneur.

3 Les maisons religieuses -

Les anciennes abbayes (Lucq) connaissent une période de décadence. La plupart des ordres religieux qui naissent à cette époque ont des maisons dans les trois diocèses.

a) Au Pays Basque, ces maisons se regroupent à Bayonne :

Dominicains : vers 1221-1222, au bourg-neuf (St André) - 3 évêques seront dominicains à Bayonne. le Cal Godin en est issu et a beaucoup aidé par la suite son couvent.
Cordeliers (Franciscains) : d'implantation très ancienne également.
Augustins, Carmes ... plus tard.
Clarisses : au XIlle s : à Mousserolles d'abord, puis à l'intérieur de la ville.
Cisterciennes à St-Bernard (quartier St-Esprit, qui est à Dax).


b) En Béarn : Les implantations sont plus dispersées :
Dominicains à Orthez (on y rencontre de fortes personnalités)
Franciscains à Morlàas : le Cal Pierre de Foix en est issu
Prémontrés à Sarrance
Carmes : à Sauveterre (début du XVe s).

4) Le clergé et les fidèles -

La vie chrétienne est faite de pratiques sacramentaires et de dévotions
diverses. La grande préoccupation semble être le salut de l'âme et le pardon des péchés : c'est la raison de beaucoup de donations.
On ne sait pas grand chose du recrutement et de la qualité du clergé. Il n’y a pas de maisons de formation. Certains vont prendre des grades à Paris ou à Salamanque. C'est quand on a reçu un bénéfice qu'on va se présenter à un évêque pour être ordonné. Les nominations ne sont pas toujours (rarement ?) du ressort de l'évêque, même si c 1 est lui qui donne ensuite son accord : seigneurs et bienfaiteurs détiennent encore la désignation à beaucoup de ces bénéfices. Des défaillances ? Bien sûr. Mais il semble bien que tout au long de ce XVe s. la vie chrétienne est sérieuse.

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REFORME PROTESTANTE
ET CONTRE-REFORME CATHOLIQUE

1 - XVIe siècle - Réforme Protestante

Comme la fin du XVe S., le début du XVIe connaît dans notre région une vie calme et active. On peut signaler à cette époque comme évêque de Lescar Jacques de Foix (1534-1555) qui se distingue par un souci pastoral marqué. Il tient un synode diocésain en 1529. On peut rappeler également celui que réunit un plus tard Etienne Poncher à Bayonne. Mais sur le plan politique se passent des événements qui laissent présager un avenir plus agité (en particulier le changement de dynastie pour la Navarre et le Béarn avec l'arrivée des d'Albret). Au plan de l’Eglise universelle, signalons :
- le Concordat de Bologne, en 1516, entre le Pape Léon X et François ler - La désignation des titulaires aux bénéfices les plus importants (évêchés, abbayes, chapitres) revient désormais, au Roi, mais c'est le pape qui donne l’institution canonique. Ceci aura des conséquences importantes sur la qualité de l'épiscopat et sur la vie des diocèses.
- le Concile de Trente (1545-1563). Il se réunira, après bien des difficultés, dans cette ville du nord de l’Italie pour répondre à l'action de Luther et pour préciser la doctrine et la discipline de l'Eglise catholique. Aucun évêque de notre région n'y assistera. Les décrets de Trente ne seront pas enregistrés en France. Les évêques les appliqueront à partir du début du XVII S.

A - Le Protestantisme en Béarn à travers quelques dates

1484 - Mariage de Catherine reine de Navarre et vicomtesse de Béarn avec Jean d'Albret (nouvelle dynastie).

1527 - Henri Il d'Albret épouse Marguerite d'Angoulême soeur de François ler. Elle est favorable à la Réforme et attire ses prédicateurs à Pau et à Nérac. Elle fait attribuer l'évêché d'Oloron à Gérard Roussel, (1539-1555), personnage ondoyant ... A Lescar c'est un d'Albret qui est évêque (suivra un de Foix, puis un d'Armagnac, puis un d'Albret (1556-1569) personnage assez suspect sur le plan doctrinal.

1555 - Jeanne d'Albret (fille de Henri Il et de Marguerite d'Angoulême) devient reine de Navarre. Elle a épousé Antoine de Bourbon, mais ne s'entend pas avec lui. Ses conseillers sont surtout Théodore de Bèze et Calvin qui lui envoie des pasteurs.

1562 - Mort à Rouen d'Antoine de Bourbon, époux de Jeanne. A partir de là commencent contraintes et violences à l'égard des catholiques. En 1563, le culte protestant est célébré dans la cathédrale de Lescar. Protestations des Etats qui amènent la Reine à plus de retenue.

1568 - Les Etats ont été peuplés de partisans de la Reine. Ils approuvent sa politique religieuse.

1569 - Intervention armée de Charles IX (de France) pour empêcher le Béarn de devenir protestant. Jeanne d'Albret appelle Montgomery qui, après une campagne foudroyante, se rend maître du pays. On assiste à des massacres et à des dévastations.

1570 - (22 septembre) - Edit de Jeanne d'Albret qui prononce la dissolution du catholicisme en Béarn et en Basse Navarre. L'exercice du culte catholique est prohibé sous peine de sanctions sévères. Tous les biens d'Eglise sont confisqués.

1572 - Mort de Jeanne d'Albret et avènement de Henri IV. C'est sa soeur Catherine, Protestante convaincue, qui administre le royaume.

1593 - Conversion d'Henri IV - qui assure la paix civile et peu à peu la paix religieuse.

1599 - Edit de Fontainebleau qui rétablit le culte catholique (mais pas partout !)

B - Quelques réflexions sur la Réforme Protestante au Béarn


a) - On ne peut pas sous estimer, dans l'attitude des souverains béarnais et leur opposition à la Papauté, les événements de 1512 qui virent l'annexion de la Navarre par la Castille et l'approbation de Jules Il qui excommunia même Catherine de Navarre et son mari Jean sous prétexte qu'ils s'étaient alliés à Louis XII de France, prince schismatique !

b) - L'introduction du Protestantisme se fit par l'adhésion des reines aux thèses réformées et par l'arrivée de pasteurs et de prédicants. Cela amena la suppression progressive (et plus ou moins volontaire) des signes du catholicisme : suppression des processions, des images du culte, de la messe et des sacrements, vente des biens d’Eglise. S'ajoutera la contrainte surtout à partir de 1562.
Cependant Jeanne d'Albret avait un certain souci de la liberté de conscience il y aura des décrets dans ce sens, surtout après les remontrances des Etats en 1563. Mais après l'Edit de 1570, il ne doit exister que le baptême protestant et tout le monde doit aller au prêche et à la Cène.

c) - Les considérations politiques se sont mêlées dès le départ à l'action religieuse et vont tout dégrader. D'où les violences : beaucoup d'églises seront saccagées, il y aura des atrocités des protestants contre les catholiques et vice versa

d) - On ne peut pas dire qu'il y a eu une persécution systématique contre le clergé. Il y a eu continuité des évêques à Lescar, sauf cependant de 1569 à 1572.
A Oloron, l'Evêque Claude Régin (1562-1592) s'enfuit en Espagne, puis, avec son chapitre, il se réfugie à Mauléon qui avait résisté militairement (grâce aux de Maytie).

C - Le Protestantisme au diocèse de Bayonne

Il faut distinguer la situation au Labourd, qui devient français vers 1555, et celle qui existe en Basse Navarre, qui dépend des Vicomtes du Béarn en tant que rois de Navarre.

a) Le Protestantisme a touché Bayonne, beaucoup moins ou pas du tout l'intérieur du pays. Il n'y a pas de pouvoir central pour l'imposer. Les protestants sont poursuivis et chassés.

b) En Basse Navarre, la situation est a peu près la même qu'en Béarn. La Réforme v trouve des zélateurs (Antoine de Grammont, en particulier). Des pasteurs y seront recrutés (de Tardets, de la Rive). La reine demandera au curé de Briscous, Leiçarrague, passe au protestantisme, de traduire le Nouveau Testament en Basque. Mais la population se rebelle sous la conduite de certains seigneurs (de Luxe en particulier). Jeanne d'Albret envoie ses troupes commandées par Larrea (d'Ispoure). Mais elle devra finalement faire appel à Montgoméry qui se chargea de mettre de l'ordre au prix de beaucoup de massacres et de dévastations. Beaucoup d'églises seront pratiquement détruites.

c) Une conséquence (indirecte) du Protestantisme sera la modification des limites du diocèse de Bayonne. En 1566, les archiprêtrés du sud, Fontarabie, Oyarzun, Aranas, Cinq Villes et Baztan, sont rattachés à Pampelune afin qu'ils ne soient pas contaminés par le Protestantisme. Le Pape va entériner le fait malgré les protestations de l'Evêque de Bayonne.

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II - Contre-Réforme Catholique - XVIIe S.

Après la période agitée de la fin du XVIe s., le Béarn va retrouver son équilibre et son calme. Au XVIle s., les problèmes religieux tourneront essentiellement autour de la place à donner au Protestantisme à l'intérieur d'un pays qui connaît à nouveau la prédominance du catholicisme. Il s'agira également d'appliquer les décrets du Concile de Trente. A Bayonne, le siècle va débuter avec les problèmes de sorcellerie.

A - AU BEARN

1 - L'édit de Fontainebleau (15 mars 1599)

L'édit de Fontainebleau ne rétablissait pas l'unité religieuse du Béarn et laissait aux Protestants leurs privilèges. Mais "de 1599 à 1620, l'histoire de la Réforme en Béarn fut celle d'une lente érosion qui priva progressivement les protestants de tous les privilèges acquis au temps de la reine Jeanne" (Chr. Desplat).
Il y eut d'abord la restitution des biens ecclésiastiques en deux étapes : en 1608 d'abord, et puis en 1617 un édit de Louis XIII pour la mainlevée de ces biens. Devant la résistance des protestants béarnais, Louis XIII vint en personne à Pau en 1620. Ce fut alors la fin de la souveraineté béarnaise et navarraise. A partir de là, entre 1621 et 1685, l'histoire des protestants sera celle d'une lente persécution, sans violence cependant, en vue leur conversion...

2 – La contre réforme -

L'application des décrets du Concile de Trente sera tardive, et pour cause ... Au début du XVIIe s. les deux diocèses du Béarn ont à leur tête des évêques soucieux d'exercer leur ministère pastoral. A Lescar il faut signaler les de Salettes (oncle et neveu) , à Oloron les de Maytie (oncle et neveu également). Mgr de Salettes publie un catéchisme (très marqué par la controverse protestante). A Oloron un synode est réuni après la révocation de l'Edit de Nantes (il y est beaucoup question de la conversion des protestants).
On peut dire que la foi populaire est demeurée très forte malgré toutes les vicissitudes. Les évêques cherchent à lui donner une peu plus de consistance doctrinale. C'est l'Eucharistie qui est un des points importants de l'action pastorale. En 1630, un groupe de bourgeois fonde à Pau une confrérie du Saint Sacrement. De nombreuses confréries verront le Jour tout au long du siècle (une cinquantaine leur spiritualité est d'inspiration tridentine : Saint Sacrement, dévotion mariale, âmes du purgatoire, et pèlerinages...

3 - La vie monastique et religieuse -

Les abbayes béarnaises, déjà en décadence au XVe s., n'ont pas résisté aux coups de la Réforme. Elles n'arriveront pas à se relever vraiment de leurs ruines. Celle de Lucq (bénédictins) est attribuée aux Barnabites. Mais en 1704, il n'y a pas d'abbé et seulement 6 pères y demeurent. L'abbaye de Sauvelade a disparu; seul le titre subsiste (entrée aux Etats), de même celle de Larreule, qui sera supprimée en 1773.
Mais des Ordres nouveaux s'installent , surtout à Pau et à Oloron, souvent à la demande des évêques : Capucins (1620), Jésuites (1622), Cordeliers (1658), Lazaristes (1684), Ursulines (1637 à Oloron, et 1675 à Pau).

B - AU PAYS BASQUE

1 - Protestantisme -

Nous avons dit les ravages des guerres de religion en Basse Navarre. Il semble que la Réforme n’ait pas beaucoup affecté la population, à part quelques nobles loyaux serviteurs de la reine Jeanne, qui reviendront d'ailleurs au catholicisme.
Au Labourd, à la ville épiscopale surtout, il y a des protestants (Grammont est "maire" de la ville). Mais les échevins veillent au grain et l'évêque également. Il n'y a pas de bienveillance particulière à l'égard des Réformés du cru ou de ceux qui viennent y trouver refuge.

2 - La sorcellerie -

Au début du XVIle s., c'est le problème de la sorcellerie qui agite Bayonne et le Pays Basque. Le phénomène est perceptible surtout au Labourd qui voit arriver des Juifs, des Sarrazins et autres "bohémiens" : milieu favorable à la prolifération des sorcières et qui contamine le reste de la population. En 1609, le bailli du Labourd demande à Henri IV de désigner des commissaires pour nettoyer le Labourd de ses sorcières. Le Parlement de Bordeaux va désigner Pierre de Rostéguy, dit de Lancre, qui va se charger de la besogne. Tout ce qui se dit ou est dit sorcier est envoyé au bûcher. Les prêtres n'y échappent pas. Mgr d'Echaux, évêque de Bayonne, trouvera qu'on allait trop loin. Peu à peu les choses s'apaisent, grâce surtout à deux missionnaires envoyés par le P. Coton, qui appliquent le pardon et la miséricorde plutôt que la torture à ceux qui se déclarent ou qu'on déclare coupables.

3 - Le Camp de Prats -

Dans cette propriété aux portes de Bayonne qui appartenait à la famille Duvergier de Hauranne, on trouve, entre 1611 et 1616 deux personnages plongés dans l'étude des Pères de l'Eglise (surtout St-Augustin) ; Jean Duvergier de Hauranne, chanoine de la cathédrale, et Jansen, un théologien venu des Flandres. Ce dernier sera principal du Collège de Bayonne (1612-1614). Ils se sont connus surtout à Paris au cours de leurs études. Leur but est de régénérer le catholicisme en le libérant de la scholastique et en le rapprochant des Pères.

4 - La vie du peuple de Dieu -

a) Mgr d'Olce, qui a présidé le mariage de Louis XIV à St Jean de Luz, réunit un Synode en 1666. Il est le neveu de Mgr d'Echaux et le dernier évêque basque de Bayonne. Ce Synode apour but d'établir la réforme tridentine dans le diocèse. On peut noter dans les Statuts qu'il publie une condamnation sans appel d'une coutume du Pays Basque qui acceptait une cohabitation avant le mariage quand celui-ci ne pouvait être célébré. Son prédécesseur Mgr Fouquet, l'avait également réprouvée.

b) Comme en Béarn, les nouveaux Instituts religieux seront des instruments de la nouvelle évangélisation. Les Visitandines, en 1640, appelées par Mgr Fouquet, les Capucins, en 1615, après l'intervention de la princesse Elisabeth, fille de Henri IV et Marie de Médicis au moment de son mariage avec Philippe IV d'Espagne : ils vont s'installer près du domaine des Dominicains ; les Recollets, en 1612, dans l'île entre St Jean de Luz et Ciboure.
Par contre les Jésuites n'arriveront pas à s'implanter à Bayonne. Rappelons également qu'il y eut Lin certain nombre d'ermites au Labourd et en Basse Navarre : La Rhune, Ste Barbe, Iraty, Oïllarandoy.

c) - Le clergé se recrute en nombre de façon satisfaisante. La plupart des curés sont formés auprès d un autre curé. Il y avait à Bayonne un collège dont la réputation n'était pas extraordinaire. La formation spirituelle laissait beaucoup à désirer. Quelques sujets vont prendre des grades dans les Universités. Sur le plan matériel, la situation du clergé n'est pas trop mauvaise (sauf exception pour quelques congruistes) : c'est un temps de prospérité économique pour le Labourd.

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III – Contre Réforme catholique - XVIIIe S.

Au début du XVIIIe s. on peut dire que les diocèses sont arrivés à maturité. Les structures sont solides. Les évêques sont nommés par le roi et reçoivent du Pape l'investiture canonique. Pour nos diocèses, ce sont des personnages aux qualités pastorales réelles. Ce sont parfois des hommes de cour et se font tirer l'oreille pour aller rejoindre leur Eglise. Comme les relations entre Versailles. et Rome ne sont pas toujours des meilleures, il arrive aussi que l'institution canonique par le Pape se fasse attendre.

Le recrutement du clergé est assez difficile au Béarn, et les prêtres y vivent assez pauvrement. On rencontre de fortes personnalités parmi les évêques : par exemple à Oloron les de Révol, oncle et neveu ; à Lescar Mgr de Noë (dernier évêque de Lescar, pasteur charitable, proche des problèmes de la terre et ayant une action importante aux Etats de Béarn. "En dépit de sa pauvreté, de certaines difficultés de recrutement le corps clérical offre lui aussi le bon exemple au peuple chrétien" (Chr. Desplat).

On peut dire la même chose du clergé basque, sauf peut être pour le recrutement qui semble plus facile. Les registres du personnel de l'époque révèlent la présence de prêtres nombreux dans certaines paroisses du Labourd, vivant souvent dans leur famille d'une prébende fondée dans l'église paroissiale. En 1702 déjà, on compte au Labourd 300 curés et prêtres habitués pour 34 paroisses. Si la qualité morale et spirituelle du clergé laisse à désirer au début du siècle, elle s'est beaucoup améliorée à la deuxième moitié grâce à l'action des évêques et du Séminaire de Larressore.
Nous nous contenterons d'aborder deux points importants concernant cette époque : la fondation des Séminaires et le Jansénisme.

1 - Les Séminaires -

Le Concile de Trente en avait décidé l'ouverture dans chaque diocèse. Chez nous, leur fondation fut tardive, pratiquement au XVIIIe s., même si auparavant il y avait eu quelques tentatives de fondations d'écoles.

A Lescar, le séminaire est fondé en 1688. Les biens dont il dispose sont assez modestes et il ne peut recevoir beaucoup d'élèves. Vers 1704, on y trouve 4 Lazaristes, 3 frères et 30 séminaristes. En 1786 le nombre des maîtres était tombé à 3 et celui des élèves à 6.

A Oloron, le séminaire fut fondé en 1725 par Mgr Joseph de Révol et confié aux Barnabites. Il fonctionne médiocrement jusqu'en 1776, bien que les bâtiments aient été agrandis : ce qui permettra d’ouvrir un petit séminaire en 1781. En 1776, les Barnabites. suspects de Jansénisme furent chassés et tout s'arrêta pendant 10 ans. Il y eut ensuite une reprise jusqu'en 1791.

A Bayonne, plusieurs tentatives avaient échoué (Mgr de Maury, Mgr Fouquet). Ce fut Mgr Druillet (1707-1727) qui réalisa le projet grâce à des legs de généreux donateurs. L'Evêque confia le Séminaire (C’est à dire en donna la propriété) à la Congrégation de la Doctrine de la Foi. Mgr Druillet était janséniste et "appelant" (de la Bulle Unigenitus au Concile Général), les Pères de la Doctrine également. En 1728, le successeur de Mgr Druillet, Mgr de La Vieuxville, interdit aux séminaristes de fréquenter le séminaire. Après des garanties données par le Pères, les séminaristes revinrent, jusqu'en 1774 où Mgr d'Arche les retira et les envoya à Larressore, au Collège fondé par M.Daguerre.

2 - Le Jansénisme -

Deux épisodes et deux dates sont importantes dans l'histoire du Jansénisme :

- 1641 : parution de l’Augustinus (livre de Jansénius) et en 1653 la condamnation des Cinq Propositions qui en sont extraites sur la doctrine de la grâce. Les controverses se doublent de difficultés sur les questions de morale stricte ou relâchée et de pratiques sacramentaires. Elles vont surtout concerner l’Abbaye de Port Royal, ses défenseurs et les Jésuites.

- 1713 (8 septembre) : la Constitution (ou la Bulle) "Unigenitus" de Clément Xl condamnant 101 propositions tirées des "Réflexions morales" du P. Quesnel. A partir de là. C'est toute l'Eglise de France qui entre dans la controverse.

Au Béarn, le Jansénisme a eu peu d'impact, quelque peu à Oloron ou des évêques énergiques, comme les de Révol, ont mis vite bon ordre.

A Bayonne, le Jansénisme a eu une plus grande influence, sensible surtout au XVIlle siècle (après la Bulle "Unigenitus"). Cela est dû à deux facteurs :

a) L'action de Mgr Druillet qui est favorable aux thèses jansénistes et qui est "appelant". comme le Cal de Noailles qui l'avait sacré à Paris. Il adresse une lettre pastorale dans ce sens à ses diocésains.

b) le Séminaire qu'il a fondé et remis aux mains des Doctrinaires aura sans nul doute une certaine influence sur le jeune clergé.

Mais cette action est contrecarrée par deux autres facteurs :

a) Le successeur de Mgr Druillet, Mgr de La Vieuxville, réagit fortement en faveur de la Bulle "Unigenitus" et en faveur de toutes les décisions de l'Eglise de France contre le Jansénisme. Dans la lettre pastorale de 1728 il écrit : "(J'ai remarqué) que le mal n'avait pas jeté de profondes racines, que la piété qui règne parmi vous, vous avait préservé de cette contagion malheureuse qui infecte tant d'autres diocèses, ou du moins vous avait laissé un fond de docilité pour profiter de nos instructions".

b) le Séminaire de Larressore qui a formé beaucoup de prêtres diocésains

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IV - La Révolution

Il ne semble pas que la réunion des Etats Généraux ait suscité un grand enthousiasme dans les trois diocèses.
Au Labourd, les trois ordres vont élire normalement et à temps leurs représentants et rédiger les cahiers de doléance.
En Basse Navarre et au Béarn, on ne se sent pas concerné et il faudra l'insistance du pouvoir central pour que ces délégués soient désignés après la réunion du 5 mai 1789 à Versailles. Mais cela ne veut pas dire que la situation, surtout celle du bas clergé, ne demandait pas des réformes.

1 - La Constitution Civile du Clergé -

Elle fut votée le 12 juillet 1790, acceptée par Louis XVI en décembre de la même année, et condamnée par le Pape, mais seulement huit mois après.

a) Elle introduisait une réforme totale des circonscriptions ecclésiastiques et instituait un diocèse par département.

Après quelques hésitations, le siège du diocèse des Basses Pyrénées fut fixé à Oloron. Désormais les évêques et les curés devenaient des fonctionnaires payés par l’Etat et élus au niveau des diocèses et des paroisses. Un bénédictin de Pau, Sanadon, fut élu évêque d'Oloron. Au milieu des remous de la Révolution, il finira dans l'oubli et la misère. Ce fut le seul évêque constitutionnel.

b) Le serment de fidélité - Ces prêtres fonctionnaires devaient prêter serment "de fidélité à la nation, a la loi, au roi". Il y eut plusieurs formules successives de ce serment, et toujours plus dures, jusqu'à jurer "haine à la royauté". Comme partout en France, ce serment souleva des polémiques et surtout bien des drames de conscience parmi les prêtres. Ceux qui le refusaient (ou qui se rétractaient) devaient être "déportés", c'est à dire envoyés en exil, ou bien étaient "reclus" s'ils étaient malades ou infirmes.
Une étude faite par Mgr Annat pour le diocèse de Lescar fait ressortir qu'en 1791, 120 prêtres environ sur 232 avaient été "déportés", 98 avaient prêté serment.

2 - La vie ecclésiale

Elle est particulièrement tourmentée sur tout le nouveau diocèse. En général, les prêtres jureurs (anciens, nouveaux prêtres et étrangers) sont mal vus et même parfois persécutés. Ceci est vrai surtout au Pays Basque. Quoi qu'on en ait dit, les prêtres que les fidèles cachent et qui exercent clandestinement leur ministère ne sont pas très nombreux. La Révolution trouve des "fidèles" dans la population et on se méfie !

La Terreur se fera sentir également dans le département. Il y aura des guillotinés, parmi les prêtres (6 à Pau, 4 ou 5 à Bayonne) parmi les religieuses (une à St-Jean de Luz), parmi les fidèles, pour avoir aidé des réfractaires ou eu des contacts avec eux. Au Labourd on assiste à un déplacement de population vers les Landes, mais davantage pour des raisons politiques.

On peut souligner que ce sont les "autorités" locales qui montrent beaucoup de zèle à appliquer les lois révolutionnaires. Il est vrai que l'encouragement venait des représentants du peuple, envoyés par la Convention, Monestier à Pau, Pinet et Cavaignac à Bayonne.

La situation de l'Eglise constitutionnelle ne sera jamais très brillante. Avec la Terreur (1794) et la "déchristianisation" ce fut la débandade : on assiste à des "déprêtrisations". Les édifices religieux sont fermés, ou servent au culte de la déesse Raison ou (et) à des usages profanes (par exemple la cathédrale de Bayonne). Après la réaction thermidorienne, le retour à la normale se fera peu à peu, avec cependant quelques sursauts de la persécution (par exemple en 1796). C'est le Concordat de 1801 qui amènera la paix.

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L'EGLISE CONCORDATAIRE - XIXe SIECLE

Le diocèse de Bayonne, érigé en vertu du Concordat du 15 juillet 1801, comprend les départements des Basses Pyrénées, des Landes et des Hautes Pyrénées. Il en sera ainsi jusqu'en 1822 où un aménagement du Concordat crée de nouveaux diocèses. A partir de là celui de Bayonne comprendra uniquement les Basses Pyrénées.

Les évêques de Bayonne durant cette période :

Mgr LOISON (1802-1820) - Il avait prêté serment comme prêtre. Mais un neveu général lui valut le siège de Bayonne. Il fut un évêque pacifique et pacifiant.
Mgr d'ASTROS (1820-1830) - Neveu de Portalis - Il fut nommé archevêque clé de Toulouse et Cardinal.
Mgr d'Arbou (1830-1837) - Evêque au moment des difficultés sur les écrits de Lamenais. Il donne sa démission en 1837.
Mgr LACROIX (1838-1878) - L'âge d'Or du diocèse ! Il participera au Concile du Vatican 1 en 1870 et sera partisan de l'infaillibilité pontificale.
Mgr DUCELLIER (1878-1887) - Nommé archevêque de Besançon en 1887.
Mgr FLEURY-HOTTOT (1887-1889) - Mourut à N.D. du Refuge où il se soignait.
Mgr JAUFFRET (1889-1902) "C'était une âme de prêtre pieux et austère".

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1 - Du Concordat à l'avènement de la République - 1801-1875

A - Le clergé et les-séminaires

a) C'est le manque de prêtres qui marque les premières années de l'épiscopat de Mgr Loison. Les prêtres sont âgés, beaucoup ont souffert, et la conduite de quelques uns laisse à désirer. Peu à peu le recrutement se rétablit. En 1831, les ordinations (34) dépassent les décès (20).

b) L'ouverture des séminaires - Dès 1806, le Grand Séminaire de Bayonne est réouvert. Mais Mgr d'Astros établit un Séminaire à Bétharram qu'il confie à Michel Garicoïts. En 1831, les séminaristes reviennent à Bayonne.
Le Petit Séminaire de Larressore est racheté et il ouvre ses portes en 1820 (Michel Garicoïts et le P. Cestac y enseigneront).
Le Petit Séminaire d'Oloron est ouvert en 1823.

c) Le souci des évêques est la formation du clergé - qui en a certes besoin et l'évangélisation du peuple. Celle-ci se fera en particulier par les Missions, qui sont organisées, au début surtout, dans les villes. Celle de Bayonne en 1819 est restée célèbre. Une "Congrégation" de Missionnaires diocésains" est constituée à Hasparren (1821) avec le P. Jean-Baptiste GARAT. De nombreuses écoles et collèges secondaires (surtout congréganistes) s'ouvrent également à travers tout -le diocèse.

B - La vie chrétienne

Durant cette période certains aspects du dogme et du culte sont privilégiés, surtout par des ordres religieux qui s'en font les propagateurs.

a) Le culte de la Croix - A la suite des souffrances subies pendant la Révolution par les prêtres les religieux et les fidèles, la Croix devient l'objet d'une grande dévotion. Certes, il y aura des relents de Jansénisme dans la sévérité de certains prêtres pour accorder l'absolution et la communion. Mais le phénomène est assez marginal. Le culte (orthodoxe) de la Croix est représenté par la Congrégation des Filles de la Croix (fondée à Poitiers) qui établit deux Provinces dans le diocèse de Bayonne.

b) Le culte du Sacré-Coeur - Saint Michel Garicoïts placera sous sa protection la Congrégation de prêtres qu'il va fonder pour l'évangélisation des Basques d'Amérique latine et celle des campagnes béarnaises. Les Missionnaires d'Hasparren seront voués également au Sacré-Coeur.

c) Le culte de la Sainte Vierge - Le P. CESTAC sera un grand dévôt de Marie et va fonder la Congrégation des Servantes de Marie.

d) le culte du Saint-Sacrement - En 1864, Mgr LACROIX instituera l'Adoration Perpétuelle, dévotion orientée plutôt vers la réparation.

NB. Durant toute cette période les Congrégations monastiques de femmes s'installent dans le diocèse : Carmélites à Bayonne, Oloron et Pau, Dominicaines à Mauléon et Nay, sans compter les nombreuses Congrégations enseignantes.

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II - De l'avènement de la IIIe République à la Séparation des Eglises et de l'Etat

A - La vie chrétienne

Elle est durant cette période ce qu'elle a été jusque là. L'Adoration Perpétuelle prend encore plus d'importance dans le rayonnement de Montmartre pour la réparation des péchés contre la Présence Réelle et celle des péchés de la France (Amende Honorable).

Il faut signaler la fondation du Monastère bénédictin de Belloc (sous la mouvance de la Pierre-qui-Vire). A Hasparren, le P. ARBELBIDE essaiera de constituer les Missionnaires en Congrégation autonome. Mgr JAUFFRET s'y opposera. D'autres Congrégations s'installent dans le diocèse : Dominicains à Biarritz, Franciscains à Pau, etc.

B - Controverses Politico-religieuses

L'avènement du régime républicain et son évolution vers un anti-cléricalisme de plus en plus virulent vont assombrir un ciel jusque là sans nuage. Ce sont d'abord les Congrégations enseignantes qui sont interdites dans les écoles. Elles devront se séculariser, ou s'expatrier. Puis ce sont les Ordres religieux qui doivent obtenir une autorisation du gouvernement pour exister sur le sol français. Comme ces autorisations sont refusées en bloc (sauf pour les Congrégations "charitables" ... utiles !) les religieux doivent s'expatrier.

Les choses se compliquent pour le clergé et les chrétiens du fait que le Pape Léon XIII a appelé les fidèles de France à accepter la République (Ralliement). Sa voix sera davantage entendue en Béarn qu'au Pays Basque. Beaucoup de curés basques (par ex. M. DIHARRASSARRY, curé de Cambo) demeurent intraitables. Mgr JAUFFRET, arrive à Bayonne avec la mission (du gouvernement) de déplacer une dizaine de ces prêtres irréductibles. Il le fera, mais s'attirera la réprobation du clergé basque et quelques procès à Rome. Il remontera la pente par son zèle et son attention aux prêtres. En particulier il visitera toutes les paroisses de son diocèse. Après lui le siège de Bayonne restera vide durant près de 4 ans du fait des difficultés entre le gouvernement et Rome.

C- La Séparation des Eglises et de l'Etat

Du fait que l'Eglise refuse les Associations cultuelles prévues par la loi, elle donne lieu à l'expulsion de Mgr GIEURE (qui venait d'arriver) de son palais épiscopal, et des grands et petits séminaristes. et aux inventaires des églises, remises aux communes (sauf les Cathédrales, à l'Etat). Ces inventaires donneront lieu. à de nombreux incidents à travers tout le diocèse.

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APRES LA SEPARATION - XXe SIECLE

1 – 1905 - 1934

C'est la période où Mgr GIEURE est évêque de Bayonne période marquée par la lutte contre les ennemis de l'Eglise ! Il s'agit dans l'immédiat d'assurer au clergé de quoi vivre et de trouver des lieux d'accueil pour la formation des séminaristes. Mais ces soucis matériels ne font pas perdre de vue les tâches proprement pastorales, d'annonce de l'Evangile et de la formation des fidèles. L'action de Mgr GIEURE est marquée par son tempérament, qui est celui d'un chef qui mène ses troupes au combat, et par les circonstances qui sont hostiles à l'Eglise et aux chrétiens.

1 - Le denier du culte -

L'Etat ayant renié ses obligations concordataires , le clergé se trouve sans ressource. Dès le 19 juin 1906, l'évêque convoque archiprêtres et doyens pour voir ensemble les mesures à prendre. L'oeuvre diocésaine du Denier du Culte est fondée. Elle se développera, non sans difficultés et révisions de ses statuts et de ses méthodes. Des sanctions sont prévues pour ceux qui refusent leur participation.

2 - La construction des Séminaires -

Les séminaristes avaient trouvé refuge à Nay au couvent des Dominicaines (exilées). Mais à 125 kms de Bayonne, ce n'était pas pratique. La construction du Grand Séminaire commencera en 1914 et les séminaristes en prendront possession en 1919.
Les élèves du Petit Séminaire de Larressore avaient été accueillis au Monastère de Belloc. Mais les Moines, après la guerre, voulaient revenir chez eux. Mgr Gieure décida de construire un Petit Séminaire à Ustaritz. Il fut ouvert en 1926.

3 - Les Congrès diocésains vont mettre en place l'action pastorale.

a) En 1909 (novembre) à Bayonne : il s'agit de faire un "état des lieux", à la suite d'une enquête diocésaine faite au début de l'année - Le congrès est consacré aux oeuvres diocésaines.

b) En 1910, à Pau : ce Congrès s'attache à faire connaître des oeuvres de caractère social

c) En 1911, à Bayonne : 4 questions y sont traitées : la question scolaire, la franc maçonnerie, l'émigration, les oeuvres de jeunesse (A.C.J.F.)

d) En 1912, à Pau : on y traite de l'Action Catholique, des Associations de Pères de Famille, de l'oeuvre des Dames catéchistes, des oeuvres de jeunesse.

4 - L'action pastorale

a) Le clergé, son recrutement, sa formation - La Séparation amène un fléchissement dans le recrutement. L'Oeuvre des Vocations est fondée (1924). En 1938, il y a 534 séminaristes, grands et petits. Ce chiffre ne sera jamais dépassé.. Mgr GIEURE veille à la qualité de la formation intellectuelle et artistique des séminaristes (musique sacrée), ainsi qu'à la formation permanente des prêtres (conférences ecclésiastiques).

b) Congrès eucharistique national de 1929. Certains rapports de ce Congrès donnent une idée précise de la situation du diocèse sur la pratique eucharistique. Le décret du Pape Pie X (traduit en basque !) sur la communion des enfants a été bien reçu et bien appliqué. Mais la communion fréquente est le propre d'une élite.

c) La dévotion au Sacré-Coeur. La fête du Sacré-Coeur prend une grande ampleur. La pratique du couronnement du Sacré-Coeur est très recommandée. Mais le Vatican n'apprécie pas trop ce "rituel".

d) La dévotion mariale - A souligner les pèlerinages à Lourdes qui sont l'occasion de grands rassemblement en particulier d'hommes (en 1908, 12.000 hommes !)

5 -Les crises religieuses - Il faudrait dire "politico-religieuses"

a) Le Modernisme - Quelques directeurs du Séminaire, soupçonnés de modernisme sont déplacés (M. Annat). Le Modernisme sera une année le thème des conférences ecclésiastiques.

b) Le Sillon - Il est représenté par quelques groupes, surtout à Pau. L'évêque avait déjà interdit aux prêtres d'entrer dans ces groupes. Il était assez hostile au journal "Le Patriote" qui partageait les idées du Sillon. La condamnation du 25 août 1910 sera promulguée dans le Bulletin religieux le 6 septembre 1910. Les Sillonistes se soumirent

c) L'Action Française - Elle avait beaucoup de succès un peu partout mais surtout sur la Côte Basque. Le clergé du Pays Basque avait beaucoup de sympathie pour elle.

La condamnation publique parut au Bulletin religieux le 19 septembre 1926. Des sanctions étaient prévues pour ceux qui ne se soumettraient pas. La catholiques d'Action Française auront du mal à accepter la condamnation (il y aura des cas d'obsèques civiles de catholiques très connus).

d) Contre le Cartel des Gauches - En 1924, la victoire électorale des gauches laisse présager une reprise de l'action anticléricale du gouvernement. Mgr GIEURE réagit en organisant de grands rassemblements d'hommes, à Bayonne, Pau, Orthez, Mauléon, avec des orateurs prestigieux comme l'abbé BERGEY. A la suite de ces meetings sera instituée I’Union Catholique des Hommes, destinée à regrouper tous les catholiques pour la défense religieuse.

Mgr GIEURE donne sa démission en 1934.
"L'Eglise catholique n’est pas une Eglise expectante et ergotante comme certains timorés se l'imaginent, mais une Eglise militante ... la lutte n’effraye pas les catholiques". Cette phrase de Mgr GIEURE exprime son tempérament et sa méthode d'apostolat.

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II - 1934 - 1965

Durant ce deuxième tiers du XXe siècle, 4 évêques vont occuper le siège de Bayonne.

1 - Mgr HOUBAUT (1934-1939) -

Un certain apaisement s'était fait sentir déjà à la fin de l'épiscopat de Mgr GIEURE (par ex. à la mort du Président DOUMER et de BARTHOU). Mgr HOUBAUT contribuera aussi à ce nouveau "Ralliement (par ex. en supprimant le certificat d'études libre"). Son action portera sur la formation religieuse par le catéchisme, la prédication et l'enseignement catholique. Il va promouvoir la dévotion mariale en fondant l'Union diocésaine des Enfants de Marie". Il poursuivra et terminera la construction à Pau de la Maison "François-Henri".

2 - Mgr VANSTEENBERGHE (1939-1943) -

Il sera l'évêque de la guerre et de l'occupation. Dès sa première lettre pastorale, il dénonce le racisme et le nationalisme, "à qui il faudrait tout subordonner". Il participe au mouvement de vénération à l'égard du Maréchal Pétain, sans exagération ! A la suite des rafles de Juifs, il proteste dans le Bulletin Diocésain et celui-ci est interdit de parution. Devant les jeunes requis pour le S.T.O. il fait un sermon retentissant ! Il meurt subitement en 1943 le jour anniversaire de son sacre.

3 - Mgr TERRIER (1944-1957).

L'évêque du renouveau de la pastorale paroissiale (Boulard), de l'Action Catholique spécialisée, de l'action liturgique et catéchétique. Il sera l'évêque du Grand Retour (dévotion mariale) et du Congrès jubilaire diocésain de 1951 (clôturé par Mgr RONCALLI, Nonce Apostolique).

4 - Mgr GOUYON (1957-1963) -

Il sera l'évêque des Chantiers diocésains : constatant l'urbanisation croissante – c’est l'époque de la découverte du gaz de Lacq - et voulant éviter que se constituent dans les banlieues des "poches" de déchristianisation, il va construire des églises (Oeuvre des Chantiers diocésains). Il assistera au Concile et y demandera une simplification du vestiaire épiscopal.

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Fin du document de Mgr Goity

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