1965- Sous la direction du Chanoine Laxague- Vicaire Général

Le Concile Vatican II accepte l'utilisation des langues locales dans la liturgie. Le chanoine Emile Laxague, Vicaire Général réunit les responsables des doyennés. Le document qui suit est issu de ces travaux.


"Le problème du bilinguisme liturgique est d’abord un problème théorique ou doctrinal qui peut être éclairé par deux ordres de considérations fondés en particulier sur les déclarations conciliaires et sur divers documents pontificaux de notre temps.

Questions doctrinales

I – Il s’agit d’une part d’une très nette déclaration de la constitution DE SACRA LITURGIA affirmant :
La sainte Mère Eglise désire beaucoup que tous les fidèles soient amenés à cette participation pleine, consciente et active aux célébrations liturgiques, qui est demandes par la nature de la liturgie elle-même et qui est, en vertu de son baptême, un droit et un devoir pour le peuple chrétiens (n°14)
Cette participation pleine et active de tout le peuple est ce qu’on doit viser de toutes ses forces dans la restauration et la mise en valeur de la liturgie (n° 14)
Pour promouvoir la participation active et favorisera les acclamations du peuple, les réponses, les chants des psaumes, les antiennes, les cantiques (N° 30)

Voici d’ailleurs comment Paul VI commentait ces décisions le 7 mars 1965 : Ce dimanche marque une date mémorable dans l’histoire spirituelle de l’Eglise parce que la langue parlée entre officiellement dans le culte liturgique. L’Eglise a estimé nécessaire cette mesure pour rendre intelligible sa prière. Le bien du peuple exige ce souci de rendre possible la participation active des fidèles au culte public de l’Eglise. L’Eglise a fait un sacrifice en ce qui concerne sa langue propre, le latin… Elle a fait le sacrifice de traditions séculaires et surtout de l’unité de langue entre ses divers peuples pour le bien d’une plus grande universalité…

Il en résulte que les chrétiens dans leur ensemble ont aux yeux de l’Eglise le droit strict de participer à la liturgie dans la langue qui leur est propre, qu’ils se trouvent majoritaires ou non sans une assemblée, et qu’une pastorale conforme à la doctrine de l’Eglise se doit d’assurer, dans toute la mesure du possible, le respect de ce droit.

2 – Il s’agit d’autre part d’un éclairage doctrinal mettant en lumière des valeurs humaines qu’il n’appartient à personne de méconnaître : droit des minorités, respect dû aux cultures particulières des différents peuples, y compris ceux qui ne sont pas jugés comme les plus " développés " ceux-ci ayant même droit désormais à des égards particuliers de l’Eglise
Pacem in Terris. (n° 95, 96) Nous devons déclarer de la façon la plus explicite que toute politique tendant à contrarier la vitalité et l’expression des minorités, constitue une faute grave contre la justice,) Plus grave encore quand ces manœuvres visent à les faire disparaître.
Par contre rien de plus conforme à la justice que l’action menée par les pouvoirs publics pour améliorer les conditions de vie des minorités ethniques, notamment en ce qui concerne leur langue, leur culture, leurs coutumes, leurs ressources et leurs entreprises économiques.

Gaudium et spes. (N° 54, 55, 56, 57) 58.1 : Entre les messages de salut et la culture, il y a de multiples liens. Car Dieu, en se révélant à son peuple jusqu’à sa pleine manifestation dans son Fils incarné, a parlé selon des types de culture propres à chaque époque.
58.2 : De la même façon, l’Eglise qui a connu au cours des temps des conditions d’existence variées, a utilisé les ressources des diverses cultures pour répandre et exposer par sa prédication le message du Christ à toutes les nations, pour mieux le découvrir et mieux l’ approfondir, pour l’exprimer le plus parfaitement dans la célébration liturgique comme dans la vie multiforme de la communauté des fidèles.

Populorum Progressio (n40)De nombreux pays pauvres en biens matériels, mis riches en sagesse, pourront puissamment aider les autres sur ce point. Riche ou pauvre, chaque pays possède une civilisation reçue des ancêtres : institutions exigées pour la vie terrestre, et manifestations supérieures - artistiques, intellectuelles et religieuses – de la vie de l’esprit. Lorsque celle-ci possède de vraies valeurs humaines, il y aurait grave erreur à les sacrifier à celles-là "

Le décret sur la charge pastorale des évêques au n°23 donne des remarques intéressantes. Il en résulte qu’une célébration liturgique doit manifester partout un grand respect à la fois pour la langue française et pour la langue Basque. En effet celle ci, malgré certaines apparences contraires, est le véhicule le mieux adapté des sentiments et des idées du peuple Basque, et dans bien des cas la seule " vraie langue des fidèles ". Si bien qu’il serait contraire à ,l’unité et donc proprement anti eucharistique " de méconnaître cette réalité humaine et d’y porter atteinte, soit, suivant le cas, en optant pour une unité de surface, soit en introduisant partout un bilinguisme trop automatique.

C’est dans un sens conforme à ces deux principes que les instances supérieures de l’Eglise ont accrédité officiellement la langue française et la langue Basque comme langues liturgiques pour ce qui concerne le diocèse de Bayonne.
Il n’appartient donc à personne, fut-il prêtre, de décider individuellement de l’exclusion pratique de l’une de ces langues pour une raison de commodité.
Pour en décider en conscience, il faut écouter les directives autorisées de l’Eglise, d’autre part la voix des représentants autorisés de la communauté.

Questions pratiques

II – Le problème du bilinguisme liturgique, ainsi éclairé par la doctrine pastorale des l’Eglise est aussi un problème pratique, les difficultés d’application étant variables suivant les lieux et lui même, parfois, suivant les temps

Avant d’envisager et de résoudre des cas particuliers, il paraît utile de s’accorder sur quelques points d’ordre général.

1 - Du fait que le bilinguisme soit un problème à l’ordre du jour, on ne peut déduire qu’il se pose en fait partout, par exemple dans toutes les paroisses du Pays Basque indistinctement. Là où la minorité des " francophones " se limite à quelques unités, le prêtre trouvera d’autres moyens de manifester efficacement que personne n’est exclu de la communauté: par exemple en procurant les textes.

2- On aurait tort d’admettre que la question du bilinguisme liturgique ne se pose que dans les paroisses dites Basques. Au nom des principes examinés plus haut, elle devrait également être étudiée dans les centres urbains où, à côté d’ailleurs d’autres minoritaires, il existe parfois d’importantes implantations de Basques, pour qui le Basque demeure en fait la véritable langue. La méconnaissance de ce fait ne contribue-t-elle pas souvent à les isoler spirituellement et à les détacher de la vie paroissiale ?

3 -En ces temps de motorisation de plus en plus généralisée, une solution interparoissiale, étudiée et décidée en commun par plusieurs paroisses, soit d’un centre urbain, soit d’un secteur rural, peut être, plus souvent qu’on ne pense et l’expérience le prouve, la solution la plus satisfaisante et la moins onéreuse du problème du bilinguisme.

Tel semble notamment le cas de certains centres urbains, tel aussi, en maints secteurs ruraux, le cas de petites minorités francophones et surtout celui des vacances. Aucune difficulté réelle ne s’oppose en particulier à ce que les touristes de langue française d’un secteur, s’ils le désirent, optent pour une messe de liturgie française dans un lieu central, d’accès facile, à l’heure la plus favorable (lieu et heure devant être affichés clairement dans chaque paroisse intéressée.)

4- Dans les paroisses où l’on se trouve objectivement dans l’obligation pastorale de recourir au bilinguisme liturgique, il semble que l’on puisse distinguer plusieurs plans qui n’appellent pas une égale application du bilinguisme.

A – Lectures. Tous les fidèles ayant droit à entendre la Parole de Dieu, il faut faire le possible pour que l’ensemble des fidèles puisse l’entendre dans leur langue (lecture dans une langue, bon résumé dans l’autre.)

B – Prières. Dans ces mêmes paroisses, l’oraison sera dite dans la langue qui, en fait, atteint le mieux les profondeurs de l’âme, c’est à dire normalement en Basque, mais précédée d’une brève monition en français. On ne s’étonnera pas que l’on dise en Basque les parties dialoguées, la prière eucharistique, le Pater et les textes du commun, dont le sens est normalement connu de tous. De plus, pour ces textes communs, beaucoup d’habitués de langues différentes s’habituent fort bien à participer à leur récitation publique par l’assemblée.

C – Chants. L’expérience aussi, sans nullement confondre folklore et piété, que la fidélité au répertoire musical de l’assemblée basque, loin de décevoir et de choquer, influence heureusement la foi et la piété des chrétiens d’une autre langue : car il faut aussi compter sur le témoignage et la valeur d’une piété communautaire.

Bref, dans les assemblées Basques, autant on aura égard pour les lectures à la langue de tous les participants, autant pour les prières et bien plus encore pour les dialogues et les chants du commun et les cantiques, on maintiendra la langue Basque sans détriment réel pour les participants d’une autre langue.
Cependant il ne faut pas compter sur les seuls cantiques Basques pour que le problème pastoral ici en cause soit résolu.

5 – Dans les paroisses Basques où il est coutume de placer à des heures différentes des messes en langue basque, généralement aux heures les plus matinales, et les messes en langue française, on aura égard au fait que ces messes d’heure tardive groupent en réalité, très souvent, une proportion importante de chrétiens de langue Basque. Il est normal que dans ces cas on en tienne compte, en particulier pour les monitions, les chants et même la prédication, car un bilinguisme à sens unique ne pourrait avoir de justification pastorale. Il serait particulièrement regrettable que la généralité des enfants fut, ordinairement, dans une paroisse Basque, astreinte en réalité à ne participer qu’à une liturgie de langue française.

6 – Prédication. Ce principe de la réciprocité ou de la bivalence du bilinguisme devrait jouer également dans la prédication qui fait partie intégrante d’une célébration liturgique. Quelques mots prononcés en français au cours d’une cérémonie basque peuvent suffire dans bien des cas à supprimer tout complexe de frustration chez les participants de langue française. Il est tout aussi normal et pastoral d’appliquer le même principe dans un sens inverse dans de nombreux cas de célébration de langue française.

7 – Les principes ci dessus sont applicables d’abord à la messe dominicale, mais aussi aux messes quotidiennes et, davantage encore, à l’administration des sacrements et à certaines cérémonies extraordinaires dans les paroisses du Pays Basque.

8 - La question du bilinguisme liturgique est en partie liée, pour ce qui est des enfants, à celle du bilinguisme catéchistique. Une semblable logique devrait, semble-t-il
deux cas

9 – Une action concertée, par secteur ou par zone, doit certainement faciliter la solution du problème du bilinguisme.
Pour ce qui est des ultimes applications pratiques, tout peut être facilité, sans qu’aucun principe ne soit sacrifié, par une double attitude pastorale : l’attention aux personnes et l’attention à son peuple.
Cela réclamera un effort méthodique d’éducation de la part non seulement des prêtres mais aussi des religieuses et de tous les enseignants

10 - Tout ce qui précède est applicable également, mutatis mutandis, à la présence de chrétiens d’autres langues, en particulier chez nous de nombreux Espagnols et Portugais.