Samedi 14 octobre 2006 : hommage à M. l’Abbé Georges Monsempes

Les paroissiens de St Joseph et les diacres permanents ont voulu célébrer une messe pour rendre hommage à M. l’Abbé Georges Monsempes et rendre grâce pour les onze années où il a été curé de St Joseph et pour le diaconat qu’il a « accompagné » avec beaucoup d’humanité.

Homélie des obsèques de l’abbé Georges MONSEMPÈSle

3 octobre 2006 à l’église sainte-thérèse à Pau

Nous avons besoin de la lumière de la foi pour avancer dans la nuit de la tristesse et de la souffrance que nous cause de décès de notre frère, parent ou ami Georges. Beaucoup de ceux et celles qui l’ont connu n’ont pu venir, et nous rejoignent dans la prière.
Jésus le dit à son entourage en apprenant la mort de son ami Lazare. Quelques versets avant le passage qui a été lu, il avertit : « Celui qui marche pendant le jour ne trébuche pas, parce qu’il voit la lumière de ce monde ; mais celui qui marche pendant la nuit trébuche, parce que la lumière n’est pas en lui » Et il ajoute cette parole surprenante : « Lazare s’est endormi, je vais le réveiller ».
Là se situe le cœur de notre foi : la mort n’est pas le dernier mot d’une vie, même si elle nous prive de la présence sensible de quelqu’un sur lequel notre vie prenait appui.
Nous sommes sans doute ici nombreux à témoigner de cet appui solide et discret que constituait la présence de l’abbé Georges Monsempés, durant les 57 années de sa vie de prêtre. Non qu’il se soit prévalu d’une supériorité quelconque qui aurait pu générer un paternalisme suspect. Loin de là ! ce qui transparaissait chez lui, c’était une tranquille assurance qui semblait dire au plus fort des turbulences : « ça va s’arranger, vous allez voir, on va y arriver ! »
Tous ceux qui le connaissaient tant soit peu se rendaient compte que pareille solidité intérieure se nourrissait d’une espérance puisée à la source de sa foi profonde. Nous avons entendu St Paul nous affirmer : « Il n’y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire que Dieu va bientôt révéler en nous... La création a gardé l’espérance d’être, elle aussi, libérée de l’esclavage, de la dégradation inévitable, pour connaître la liberté, la gloire des enfants de Dieu » Si de telles paroles constituent le cœur de notre foi de chrétiens, elles ne nous démobilisent pas pour autant de nos tâches temporelles et de nos responsabilités à assumer. C’est ainsi que dans tous les ministères qui lui ont été confiés, du vicariat à Salies et St Martin de Pau jusqu’à sa retraite à François Henri, en passant par les paroisses de Pontacq et de St Joseph de Pau, diverses aumôneries, la direction du Séminaire de Bayonne, l’accompagnement du diaconat permanent et la charge de Vicaire général, partout Georges a mis ses belles qualités intellectuelles et son ardeur apostolique à scruter les signes des temps, comme le suggère le concile Vatican II, et à servir l’Église dans son diocèse de Bayonne, Lescar et Oloron, avec une disponibilité sans faille.
Pour avoir été son compagnon d’apostolat durant une partie de sa route, je puis témoigner de sa grande capacité à se mettre à l’écoute des problèmes posés par le monde d’aujourd’hui. Il y voyait le passage obligé pour une sérieuse évangélisation de notre temps. N’a-t-il pas été l’initiateur, avec d’autres personnalités laïques, du GETIS, cette cellule destinée à étudier les conditions du développement des pays du Bassin de l’Adour ? Et en même temps il était passionné par l’accompagnement des militants laïcs de tous âges dans leur réflexion et leur avancée spirituelle. Educateur des consciences, éveilleur à l’esprit missionnaire, et cela dans la discrétion du serviteur de l’Evangile qui se sait l’humble instrument de son Seigneur. « Une belle vie, disait
Fr. Mauriac, ce n’est pas celle qui commence par l’amour et qui finit par l’ambition ; selon le mot de Pascal, une belle vie, c’est celle qui commence par l’amour et finit par l’amour»
Puis vint pour Georges l’heure redoutable de la désarticulation de son être par la maladie. J’avoue que cette phase de sa vie m’a particulièrement marqué. Tellement habitué à donner, il lui était dur d’être réduit à l’incapacité, sans utilité apparente pour les autres, d’accepter ces « passivités de diminution » selon l’expression de Theillard de Chardin « C’est peu que les choses nous échappent. Le terrible pour nous, c’est d’échapper aux choses par un intérieur et irréversible amoindrissement » Mais c’est ce même Theillard de Chardin qui a écrit cette admirable prière : « ...à la minute douloureuse où je prendrai tout à coup conscience que je suis malade, ou que je deviens vieux ; à ce moment dernier surtout, où je sentirai que je m’échappe à moi-même, absolument passif aux mains des grandes forces inconnues qui m’ont formé, à toutes ces heures sombres, donnez-moi, mon Dieu, de comprendre que c’est Vous (pourvu que ma foi soit assez grande) qui écartez douloureusement les fibres de mon être pour pénétrer jusqu’aux moelles de ma substance, pour m’emporter avec Vous » Il me paraît que lorsque Georges, dans sa chambre de malade, me regardait fixement sans
pouvoir me parler, c’est une prière de ce genre qu’il formulait intérieurement. Nos communautés chrétiennes, les courageux apôtres qui œuvrent sur le terrain dans les divers secteurs de la pastorale diocésaine et paroissiale, ont-ils assez conscience qu’au même moment, dans leurs maisons de retraite, des prêtres âgés ou malades, des religieuses, des laïcs, dans le silence de leur chambre, exercent un authentique apostolat par l’offrande de leur inutilité apparente et de leurs souffrances ? C’est la même Église, la militante et la souffrante, qui assure, contre vents et marées, la difficile mais passionnante tâche de l’évangélisation du monde.
« Lazare notre ami s’est endormi, je vais le réveiller ». Notre frère Georges s’est réveillé dans le cœur de Jésus ressuscité. Par la brèche de la mort, Dieu lui a infusé la plénitude d’une vie nouvelle déjà commencée depuis son baptême. Au cours de cette eucharistie, prions le Seigneur d’inspirer chez les jeunes d’aujourd’hui le désir de
servir, et de nous faire cheminer nous aussi à travers ombres et lumières, et de nous conduire au jour qui ne finira pas.

† Mgr Robert Sarrabère

Hommage prononcé au moment de l’inhumation à Diusse

II s’agit du Très simple hommage d’une habitante de Diusse, de ce petit village que l’abbé Georges Monsempès aimait tant, auquel il était très attaché, où il est né, où il a grandi et où il a forgé une partie de sa personnalité. Il a été écolier à l’école toute proche, où la vivacité de son intelligence s’est révélée ; il a été baptisé dans notre belle église, il y a fait sa communion en ayant déjà la perspective de son avenir de prêtre, il y a célébré sa première messe ainsi que fêté son jubilé sacerdotal. Il y a deux jours, un habitant de la commune me disait textuellement : « Tu vois, notre abbé nous a quittés». Eh ! oui, Georges Monsempès était Notre Abbé, toutes générations confondues et ceci depuis longtemps.
Si l’Abbé Georges Monsempès a exercé son sacerdoce avec générosité, talent et brio, en d’autres lieux, il n’a, en fait, jamais quitté Diusse, où il revenait souvent, certes pour revoir sa famille qu’il aimait énormément, mais aussi pour s’associer à nos joies et à nos peines. Il a célébré bon nombre de messes dans sa chère église : messes
« ordinaires », messes de mariage, messes d’obsèques. Et, dans ce dernier cas, s’il ne pouvait venir, il apportait toujours son chaleureux réconfort.
A chacune de ses rencontres, l’Abbé Georges Monsempès offrait une franche poignée de mains, un rayonnant sourire plein de bonté associés à des paroles bienveillantes et amicales. Son indulgence et sa tolérance étaient reconnues de tous. L’amour des autres, il le portait naturellement en lui, à l’image de l’amour de Dieu qui vivait dans son cœur, Georges Monsempès était un intellectuel au noble sens du terme et son esprit brillait, toujours, avec modestie et humilité. Il savait également s’intéresser à la vie de tous les jours, aux problèmes des uns et des autres en sachant y apporter des réponses rassurantes.
Ses origines étaient paysannes ; je sais qu’il aimait l’odeur du foin coupé, l’envol d’un oiseau sur les blés, la douceur du printemps sur les prairies ou le flamboiement de l’automne dans les vignes. Il respectait la nature, sa compagne, et il était bien enraciné dans sa terre natale d’où il avait puisé sa sensibilité et son sens des réalités.
Merci Georges, merci Monsieur l’Abbé d’être revenu parmi nous pour reposer auprès de ceux qui vous sont chers.
Adishatz Moussu l’Abbé siet ùrous a costat doû boun Diu !

Michèle PLANTÉ