14e CONGRES DES APEL - NANTES des 19-20-21 MAI 2006

Pour la première fois dans l'histoire de l'UNAPEL ( crée en 1930) , qu' une femme sera à la tête de 805000 familles. C'est avec émotion que Véronique Gass ( Présidente) et Yves George (V. Président) ont accueilli, vendredi après midi, la nouvelle de leur élection lors de la délégation nationale statutaire.

" Vivre à propos " c'est dans cette perspective que tous deux aborderont leurs nouvelles responsabilités, à compter du 1er août 2006, pour une durée de deux ans.

Se définissant volontiers, au nom du Mouvement, comme les " veilleurs de la liberté ", Véronique Gass et Yves George ont affirmé leur détermination à défendre haut et fort les convictions qui les animent, sur la scène politique et au sein du débat éducatif national.

Très applaudie, la nouvelle équipe présidentielle s'est montrée prête à assurer la mission Qui lui est confiée avec courage, énergie et plaisir.

Véronique Gass : 44 ans – mariée – 2 enfants – docteur chirurgie dentaire à Strasbourg.
Membre de l'appel depuis 1989 – Présidente de URAPEL de Strasbourg – conseiller
Administrateur de l'UNAPEL puis vice présidente de 2002-2006

Petit lexique
A.P.E.L. Association des parents de l’Enseignement libre
U.R.A.P.E.L. R= régional
U.N.A.P.E.L. N= national

Site http://www.apel.asso.fr/

DISCOURS DU MINISTRE de L'EDUCATION NATIONALE

Congrès Apel de Nantes le 21 mai 2006

Monsieur le Préfet,
Monsieur le Député (Serge Poignant),
Madame la Sénatrice (Gisèle Gautier),
Monsieur le Président du Conseil général,
Mesdames et Messieurs les élus,
Monseigneur l'Archevêque,
Monsieur le Recteur,
Monsieur le Secrétaire général de l'enseignement catholique (Paul Malartre),
Madame la Présidente (Véronique Gass),
Monsieur le Président Raffin,
Mesdames et Messieurs,

Quand le président Raffin m'a proposé d'intervenir lors de cette séance plénière de clôture, j'ai accepté sans hésiter.
Car, comme ministre de l'Education nationale, j'ai la charge de veiller à l'avenir de tous les enfants de ce pays, qu'ils soient scolarisés dans l'enseignement public ou dans l'enseignement privé qui est associé à l'Etat par contrat.
Aujourd'hui, l'enseignement privé sous contrat s'inscrit pleinement dans le paysage éducatif français, conformément à la liberté de l'enseignement _ cette liberté qui est reconnue comme une partie intégrante des principes fondamentaux de la République.
Je me félicite que ces derniers mois nous ayons pu travailler tous ensemble dans un esprit de concertation.
Car l'enseignement public et l'enseignement privé sous contrat ne suivent pas des routes opposées. Ils ont un but identique : donner à nos enfants une éducation qui fasse d'eux des citoyens libres et éclairés !
C'est en gardant les yeux fixés sur cet objectif commun que nous avons pu travailler ensemble avec profit, et que nous continuerons de le faire, j'en suis sûr !
Je profite de l'occasion pour saluer chaleureusement, au terme de ses quatre ans de mandat, le président Eric Raffin.
La confiance et l'estime mutuelle ont toujours présidé à nos relations de travail.
En ces occasions, j'ai pu apprécier vos qualités professionnelles mais aussi humaines. Je crois pouvoir témoigner de votre dévouement et de votre engagement au service de votre fédération.
Je salue également votre successeur à la présidence de l'UNAPEL, Mme Véronique Gass. Je souhaite, Madame la présidente, que nous poursuivions l'_uvre commencée et le dialogue constructif qui s'est noué entre le ministère et les responsables de votre grande fédération.
Je suis heureux des avancées qui ont été faites, notamment dans le domaine des retraites des maîtres _ je sais combien vous y êtes attachés. Les derniers décrets d'application paraîtront dans le mois qui vient.


Nous sommes aussi parvenus à maintenir le dialogue sur la mise en _uvre de l'article 89 de la loi sur les libertés et responsabilité locales. Cela montre, là encore, les vertus de la concertation.
Mesdames et Messieurs, les " attentes éducatives " et les " projets d'établissement " ont été au programme de vos discussions, tout au long des deux jours qu'a duré votre congrès.
Pour ma part, je voudrais m'arrêter sur les attentes éducatives des parents envers l'école.
Il me semble qu'on peut en distinguer quatre :
_ d'abord, la définition d'un programme d'instruction clair ;
_ puis, la mise en _uvre de méthodes éducatives efficaces ;
_ ensuite, la personnalisation de l'enseignement ;
_ et enfin, l'amélioration de l'insertion professionnelle.

1. Première attente des parents : la diffusion d'objectifs pédagogiques clairs

Les enfants sont notre bien le plus précieux, et il est normal que les parents attendent beaucoup de l'école à laquelle ils les confient.
Et la première de ces attentes concerne bien évidemment le c_ur de l'école : l'instruction.
Car la mission essentielle de l'école, c'est bien de transmettre des connaissances aux enfants.
Il est donc tout à fait légitime que les parents s'intéressent au contenu des programmes.
Mais à cause des aléas de l'histoire, de l'empilement parfois désordonné des réformes, le système éducatif français en est arrivé à une situation à vrai dire assez étrange. Il est incapable de dire aux parents : voilà ce que vont apprendre vos enfants, voilà ce qu'ils sauront quand ils auront quitté les bancs de l'école !
Cette situation n'est évidemment pas satisfaisante. C'est pourquoi nous mettons en place le socle commun de connaissances et de compétences, dont vous avez certainement parlé lors de ce congrès.
Ce socle est en quelque sorte la description du bagage que tout élève devra posséder à sa sortie du système éducatif. Nous l'envisageons comme un tremplin pour accéder à une plus grande qualification ; c'est la première étape d'une formation tout au long de la vie.
Ce n'est pas une réformette, ni un travail de cosmétique administrative. C'est vraiment une révolution ! Et c'est un objectif que nous partageons avec nos partenaires européens.
Car, pour la première fois depuis Jules Ferry, la Nation va enfin dire clairement ce que doivent apprendre nos enfants.
Ce qui veut dire : les parents vont le savoir !
Car je veux que le socle commun donne à tous les parents des indications très nettes sur le contenu des enseignements.
Et c'est pourquoi le socle n'est pas rédigé dans un sabir technocratique ! Il est écrit dans une langue accessible à tous.

Le socle est donc clair, mais il est aussi complet : tous les savoirs et toutes les compétences nécessaires sont passés en revue et détaillés.
Il est aussi moderne, car il intègre les connaissances utiles en informatique notamment.
Il est enfin ambitieux, et il suffit de le lire pour s'en rendre compte. Je dirais volontiers qu'il est exigeant, tout en restant réaliste.
En fait, il est doublement exigeant.
Envers les élèves, naturellement. N'avoir aucune exigence envers eux, ce serait en réalité n'avoir aucune ambition pour eux ! Et seuls ceux qui n'ont plus aucune ambition pour l'école peuvent n'avoir aucune exigence pour les élèves.
Mais il est aussi exigeant pour l'éducation nationale .
C'est une façon pour le système éducatif de s' engager sur des objectifs clairement affichés.
Et c'est pourquoi nous ferons un effort supplémentaire pour mieux évaluer les élèves, en CE1 et en CM2, et voir où ils en sont.
Vous voyez, le socle est loin des caricatures que l'on en fait parfois, et je vous invite à juger par vous-mêmes de sa clarté et de son ambition.
Car mon rêve serait que ce socle devienne une référence pour les parents, les élèves et les enseignants. Bref, la base d'une véritable culture commune, scientifique, humaniste et civique.

2. Deuxième attente des parents : la mise en oeuvre des meilleures méthodes éducatives

Les parents ont des attentes en termes de contenu , je viens de le dire, mais aussi en termes de méthode .
Car, bien entendu, il ne suffit pas de dire ce que l'école va enseigner. Encore faut-il savoir comment elle va le faire !
Et je crois que les parents sont en droit d'attendre que l'école mette en _uvre les méthodes d'apprentissage les plus efficaces.
C'est une exigence de bon sens, une question nullement idéologique, mais pragmatique .
Eh bien, c'est très exactement ce que j'ai voulu faire avec la circulaire du 3 janvier dernier sur la lecture, qui proscrit l'usage des méthodes globales ou semi-globales au profit des méthodes qui proposent un entraînement systématique à la relation entre les lettres et les sons, ou si l'on préfère, entre graphèmes et phonèmes.
J'ai demandé aux recteurs de veiller à ce que dans toutes les académies cette circulaire soit effectivement appliquée dès la prochaine rentrée.
Qu'on me comprenne bien : si je prône une telle méthode, ce n'est pas parce que je serais un nostalgique de l'école d'antan !


Ce n'est pas vers le passé que je me suis tourné pour prendre cette décision, mais tout au contraire vers les recherches les plus récentes sur les mécanismes d'apprentissage de la
lecture. Et les résultats de ces recherches disent tous que la méthode associant les lettres et les sons est la plus efficace.
Le dire, ce n'est pas énoncer une opinion, ni un préjugé, mais tout simplement une vérité de fait !
Et j'estime que l'école doit à ses élèves, et aussi aux parents d'être la plus efficace possible.
Car l'école, qu'elle soit privée ou publique, est toujours financée par les parents !
Mettre en _uvre les meilleures méthodes à l'école, c'est donc aussi adopter une attitude responsable vis-à-vis des deniers publics !

3. Troisième attente des parents : la personnalisation de l'enseignement

Concernant les attentes des parents, je voudrais aussi revenir sur les résultats du sondage qui a été commandé par votre fédération, et pour lequel ont été interrogés des parents d'élèves de l'enseignement public et privé.
Je crois en effet que ce sondage est riche d'enseignements.
Il montre que les parents attendent de l'école non seulement des contenus et des méthodes, mais encore qu'elle prenne en compte la personnalité des enfants : 40% des parents interrogés pensent que l'école ne le fait pas assez.
Ce résultat en recoupe un autre, puisque 44% des parents interrogés pensent que l'école n'apporte pas aux élèves un suivi suffisamment individualisé. Ainsi les parents veulent une école qui considère leur enfant comme un être doté d'une personnalité spécifique, de capacités propres, pour lesquelles il faut concevoir des contenus éducatifs adaptés.
Eh bien, c'est précisément l'un de nos objectifs : d'abord faire en sorte que les contenus éducatifs touchent l'élève le plus directement possible
Cela implique que l'enseignant puisse consacrer davantage de temps à chacun.
Nous avons donc allégé les classes de terminale pour l'apprentissage des langues étrangères , et en particulier celui de l'expression orale. Car, comme vous le savez, les Français ont beaucoup de progrès à faire.
Nous agissons aussi pour faire en sorte que les élèves bénéficient d'un suivi individualisé , et notamment les élèves qui éprouvent des difficultés.
Nous commençons d'abord par agir sur deux niveaux déterminants : le CE1, moment de consolidation des acquis du CP, notamment la lecture, et la sixième, qui marque le passage dans l'enseignement secondaire.
Et puis, pour chacun de ces niveaux, nous nous efforçons de trouver une réponse aux difficultés propres à chaque élève.
Tel est l'objet de ce que nous appelons les " programmes personnalisés de réussite éducative ", qui sont expérimentés depuis la rentrée dernière et que nous allons généraliser à la rentrée 2006.

La prise en compte de l'individualité de l'élève passe donc par une personnalisation des enseignements. Et nous y travaillons !
Elle passe aussi par la stimulation de l'autonomie et de la capacité d'initiative.
Car l'élève ne doit pas se borner à s'imprégner de contenus. Il doit encore se les approprier, savoir les utiliser à bon escient et en toutes circonstances !
Et c'est pourquoi le 7 e pilier du socle commun comprend tout un ensemble de compétences qui relèvent de l'autonomie et de la capacité d'initiative.
Ce qui signifie, concrètement, que l'école aura la charge de donner à l'élève l'occasion de s'engager dans des projets . Et par ce mot, je n'entends pas simplement des travaux de recherches documentaires, où il s'agit uniquement de collecter l'information !
Un vrai projet suppose que l'élève s'engage effectivement dans une démarche personnelle ou collective, où seront valorisés son esprit d'initiative, son engagement, sa capacité d'invention. Les domaines peuvent être multiples : artistique, social, sportif, etc.
Et naturellement, ces projets doivent être validés par les établissements.
L'essentiel, c'est que l'élève prenne conscience de ses forces, se responsabilise, et enfin acquière confiance en lui-même .
Vous voyez, tout cela excède largement l'apprentissage de contenus. Car l'élève n'est pas seulement comme on l'a écrit parfois un " apprenant " !
A ce mot, assez peu heureux, je préfère celui d' élève , justement parce qu'il comporte l'idée d'une élévation , d'un progrès non seulement intellectuel, mais aussi personnel et moral .
Pour y parvenir, je crois qu'il faut donner à l'élève tout à la fois des libertés, des savoirs et des règles. Ces trois notions sont intimement liées.
Car l'école doit évidemment permettre à chacun d'exprimer sa personnalité, ses potentialités propres, pour faire en sorte que chaque élève s'épanouisse au mieux de ses compétences, et trouve sa voie ! En ce sens, l'école doit apprendre à être autonome, c'est-à-dire à être libre !
Mais pour s'exprimer au mieux, encore faut-il en avoir les moyens ! Que peut-on dire de soi quand on ne sait pas bien écrire ! Il faut donc associer la liberté au savoir , qui seul permet d'enrichir les modalités d'expression.
Il faut aussi des règles , car on ne devient pas soi-même tout seul : on le devient grâce aux autres, et au milieu d'eux. Et c'est pourquoi le 6 e pilier du socle commun détaille les compétences sociales et civiques que doivent posséder tous les élèves.
Car jamais un élève ne pourra se développer harmonieusement s'il ne maîtrise pas les règles de la société où il vit, ou s'il les perçoit comme une entrave à sa liberté, alors qu'elles en sont la condition.
C'est aussi pourquoi j'ai voulu instaurer une note de vie scolaire au collège . Elle sera mise en place à la rentrée prochaine et prise en compte dans les notes du diplôme national du brevet dès la session 2007.
Des libertés, des savoirs, des règles : acquérir tout cela suppose du temps, et du travail .


Dire cela n'est pas méconnaître ou brimer l'épanouissement des élèves. C'est tout simplement exprimer la vérité.
Et il nous appartient de le faire. Car si nous ne donnons pas aux élèves ce modèle de développement personnel, où vont-ils en trouver un ?
Eh bien, ils risquent fort alors de le trouver dans le spectacle des succès faciles qu'on leur donne en image !
Si l'on n'explique pas aux élèves la valeur du travail et de l'effort, si on ne les encourage pas dans cette voie, alors il n'auront plus devant eux que le mirage des réussites d'un jour !
Et alors toute exigence, toute discipline, toute règle sera vécue comme insupportable, ou absurde.
Et donc l'insertion sociale ou professionnelle sera gravement compromise.
4. Quatrième attente des parents : l'amélioration de l'insertion professionnelle

J'en viens justement pour finir à l'insertion professionnelle.
Selon le sondage que vous avez commandé, 46% des parents d'élèves pensent que l'école prépare insuffisamment à la vie professionnelle.
Eh bien, je peux vous dire que l'insertion professionnelle des jeunes fait partie de mes priorités !
Car l'ambition de l'école et de l'enseignement en général ne peut se limiter à l'acquisition des connaissances.
Aurions-nous vraiment rendu service à nos enfants en leur donnant une formation ne débouchant sur aucun emploi ?
Je crois qu'au contraire, ils penseraient alors qu'on leur aurait demandé beaucoup d'efforts en vain, que cela aurait été un marché de dupes.
L'insertion professionnelle n'est évidemment pas le seul but. J'ai dit à l'instant que l'apprentissage des connaissances, la culture, le développement de la personnalité étaient tout aussi nécessaires.
Mais l'éducation forme un tout . Elle doit aussi préparer à la vie sociale, et donc professionnelle. Nous avons donc le devoir de nous saisir de cette question.
Et nous y travaillons !
D'abord, nous avons mis en place l' apprentissage junior . Il s'agit de permettre aux jeunes qui le souhaitent, et qui ne se retrouvent pas dans les formes traditionnelles d'enseignement, de s'engager dès l'âge de 14 ans sur une voie qui les conduira à une qualification professionnelle. Car, rappelons-le, l'apprentissage est une excellente voie d'insertion dans l'emploi !
Ensuite, nous réfléchissons aux moyens d'améliorer l'insertion professionnelle des étudiants . Car beaucoup d'étudiants sortant de l'enseignement supérieur sont durement frappés par le chômage. Ils s'inquiètent pour leur avenir, et doutent de la valeur de leurs diplômes.


Et plus grave : ils doutent d'eux-mêmes.

C'est pourquoi le Premier Ministre a lancé le Débat national université-emploi , qui doit déboucher sur des propositions concrètes pour faire en sorte que les formations supérieures soient vraiment des tremplins vers l'emploi.
D'ores et déjà, nous créons près de 200 nouvelles licences professionnelles pour la rentrée 2006, et je suis sûr que d'autres mesures innovantes seront proposées.
Enfin, François Goulard et moi-même nous venons de mettre en place un outil internet innovant : le portail étudiant. Il permettra aux jeunes bacheliers, dès le bac 2006, de mieux s'informer sur les filières et les débouchés, et donc de mieux réussir leurs études. Car une mauvaise orientation peut se révéler désastreuse pour l'insertion professionnelle.
Mesdames et Messieurs,
Vous pouvez le constater, nous sommes plus que jamais attentifs aux attentes des parents.
Nous leur donnons les moyens de savoir exactement ce que sauront leurs enfants à la sortie de l'école.
Nous mettons en oeuvre les méthodes les plus efficaces.
Nous sommes attentifs à la personnalisation de l'enseignement donné à leurs enfants.
Et enfin, nous faisons un effort sans précédent pour leur insertion professionnelle.
Mais l'école ne peut pas tout faire toute seule. La présence de parents attentifs, et impliqués dans l'éducation de leurs enfants est naturellement un élément fondamental.
Mesdames et Messieurs, l'éducation des enfants est donc, plus que jamais, notre tâche commune !

Je vous remercie

Gilles de Robien, Ministre de l'Education Nationale

DISCOURS DE CLOTURE - Eric RAFFIN XIVème CONGRES des APEL - NANTES 2006

Chers amis,

Le moment est venu de prendre la mer.

Depuis deux jours, nous en rêvons, en hommes libres qui, toujours, la chérissent ; l’équipage est au complet, le navire est paré, mais il reste à fixer le cap et à tracer la route.

Voulez-vous qu’ensemble, animés d’une même ardeur, nous songions quelques instants au voyage qui nous attend, à ces destinations lointaines et, parfois, exotiques, que nous atteindrons, aux fruits exquis et aux fleurs multicolores que nous cueillerons ?

Après tout, l’aventure de l’éducation mérite d’emprunter d’autres itinéraires que les chemins sombres et tortueux que certains esprits, sans doute apeurés, parfois passéistes, veulent lui réserver, oubliant qu’ils ont été enfants et qu’ils ont aimé l’école buissonnière.

Mais au moment même où nous nous apprêtons, voici qu’un passager de marque gagne notre bord, répondant à notre invitation, vous m’en voudriez si, en votre nom, je ne commençais par le saluer.

Monsieur le Ministre, nous vous attendions depuis douze ans ; seuls René Monory, à Grenoble, en 1987, puis François Bayrou, à Saint-Malo, autre cité maritime, en 1994, ont, au cours de l’histoire récente des APEL, honoré nos rassemblements de leur présence ; je relève, pour n’en plus parler, que vous appartenez tous trois, en dépit d’apparentes divergences, à la famille centriste, particulièrement à la famille démocrate-chrétienne, à laquelle on reproche bien souvent de ne pas prendre position, voire de manquer de courage. Nul doute que votre venue à Nantes contribue à faire disparaître cette injuste accusation.

Depuis votre arrivée rue de Grenelle, vous avez fait choix d’une politique réformiste, marquée par la continuité : vous voulez mettre en œuvre les propositions majeures du rapport Thélot, en particulier le socle commun, et nous avons eu l’occasion de vous dire à ce sujet notre approbation et notre soutien, même si, parce que le vent de la liberté nous pousse sans cesse, nous aimerions plus d’audace et de rapidité dans votre action.

A l’égard de l’enseignement libre, vous n’avez pas craint, à Angers, puis sur les ondes, de manifester une authentique reconnaissance, celle que l’on doit à un associé loyal et actif de la mission nationale d’éducation, à nouveau considérée comme régalienne.

En marquant le XIVème congrès des APEL de votre venue, vous parachevez cette démarche, vous faites sortir définitivement l’enseignement libre, l’Enseignement catholique, les 805 000 familles que rassemble notre Mouvement, les 2 millions d’enfants issus d’autant de familles, de la réserve artificielle dans laquelle certains voudraient les assigner à résidence, ou pire, les laisser disparaître peu à peu ; par là même, vous tenez la promesse que la France nous a faite en 1959, tandis que, depuis cette date, nous avons, de notre mieux, tenu la nôtre.

Nous savions, Monsieur le Ministre, la valeur de la parole d’un Picard. Nous savons désormais que rien ne sépare un homme de Robien d’un homme de bien.

Pourtant, d’aucuns, dans cette salle, pourraient vous dire à l’oreille que le Président de l’UNAPEL n’est pas coutumier de propos aimables à l’égard de ses interlocuteurs politiques, et vous mettre en garde contre la suite prévisible de mon propos.

Ils n’auraient pas tort ; la loyauté appelle l’exigence, et j’aurai l’occasion de vous dire tout à l’heure les demandes que nous adressons à l’Etat, en décrivant le rôle que l’école libre doit remplir au cœur de la cité.

Auparavant, et puisque ce congrès a vocation à rapprocher les attentes éducatives des parents et les projets des établissements de l’école catholique, vous me permettrez de m’arrêter quelque peu sur ce premier sujet.


LA LIBERTE A UN SENS

La toute première annonce du thème qui nourrit aujourd’hui notre réflexion a suscité, mais nous y sommes habitués, une réaction de crainte : " vous voulez bâtir une école consumériste, un hypermarché de l’éducation, encourager les choix successifs et hésitants des parents, et leurs exigences ".

Crainte légitime, mais vite abandonnée ; les APEL n’ont jamais été, ne sont et ne seront jamais une association de consommateurs.

Discerner et exposer les attentes éducatives des parents, c’est, pour l’école libre, comme pour les APEL, avoir l’humilité de reconnaître qu’il leur arrive de se faire juges de leurs convictions, et de penser pour eux.

Or, pas plus qu’on ne fait le bonheur des gens malgré eux, on ne construira une école sans les parents ; ceux qui en ont eu la tentation les ont vus se rassembler et s’unir contre un tel projet, en dépit de leurs divergences.

Encore faut-il bien les connaître pour leur faire partager un projet ?

Les parents du XXIème siècle, premier constat, ne sont ni meilleurs ni pires que ceux qui les ont précédés, ou que ceux qui les suivront. Ils ne sont pas démissionnaires, explication facile pour concevoir des lois d’autorité qui les ravalent au rang d’incapables majeurs, pas plus qu’ils n’ont besoin d’être rééduqués, solution corporatiste de ceux qui sont en manque d’une " école des parents ". Ils sont , dans leur diversité sociale, religieuse et familiale, bousculés, interrogés, interpellés par des enfants qui grandissent vite, très vite, trop vite peut être, aussi vite en tout cas qu’évoluent les nouvelles techniques de l’information et de l’image.

Ils sont également remis en cause par ce " tiers éducateur ", cité encore récemment par le Père Petitclerc, rassemblement de personnes et de données inconnus d’eux mais dont l’influence est réelle.


Dans ce contexte, il est normal, et chacun doit le reconnaître, que les parents demandent à l’école, et singulièrement à l’école libre, qu’elle soit en premier lieu un lieu de sécurité, matérielle, mais surtout morale ; non pas un sanctuaire, mais un havre de paix, un lieu préservé des atteintes de l’extérieur afin que les enfants qui la fréquentent et qui y entrent porteurs de leurs richesses et de leurs faiblesses puissent y apprendre ce qui est nécessaire pour la quitter plus forts qu’ils n’y sont entrés.

Si l’école libre en France est gage de cette paix, on doit l’en louer, au lieu de vilipender, depuis les points les plus protégés de la carte scolaire, les prétendus privilèges dont elle jouirait ; elle fait ainsi la preuve qu’elle est animée par des adultes qui assument leurs responsabilités avant de rechercher pour eux-mêmes avantages et faveurs.

La générosité de ceux qui, en son sein, donnent toute leur vie pour faire grandir les femmes et les hommes de demain mérite d’être saluée.

Mais, second constat, ces parents sont en quête, qu’ils l’expriment ou non, d’un idéal élevé pour l’éducation de leurs enfants.

Ils demandent, tout d’abord, que ceux-ci rencontrent des adultes qui soient pour eux des exemples, sinon des héros.

J’ai en mémoire le caractère infaillible que nous prêtions, enfants, à la parole du maître ; elle l’emportait même sur celle des parents, tant ce personnage incarnait une forme de vérité ; ne voyez dans mon propos aucune nostalgie du pensionnat de Chavagne, mais il est temps d’offrir à nos enfants d’autres modèles que les éphémères élus de la " Starac " ou de " Super Nanny "!

Au cours de leurs longues années de scolarité, ils doivent faire connaissance avec des femmes et des hommes de caractère, de convictions, d’engagement, qui manifestent que leur enseignement, loin de se limiter à une discipline, est ferment d’humanité, et rejoint celui que les parents s’efforcent, à leur manière, de prodiguer.

L’acte d’enseigner est affectif ; il suppose une séduction, au sens étymologique du terme : l’éducateur doit attirer à lui, par l’étendue de son savoir mais surtout par le sens qu’il donne à son enseignement et qui doit apparaître clairement ; c’est ce sens qui questionne l’enfant, provoque sa réflexion, l’aide à construire son propre sens critique, sa capacité de résistance et sa propre personnalité.

Seule la confrontation de la question et de la réponse fait surgir la vérité ; l’étendue désertique d’une prétendue neutralité n’a jamais invité au voyage ; elle renvoie au contraire les regards teintés d’espérance à la grisaille et à la morosité d’un quotidien insupportable s’il n’est suivi d’un lendemain qui, à défaut de chanter, peut au moins fredonner.

Les parents sont en attente, dans le même temps, de la transmission de valeurs morales.

Valeurs : le grand mot est lâché.

Est-il possible de lui donner ici une signification précise ?

Rien n’est moins sûr ; il semble qu’il s’agisse, dans une acception commune, d’altruisme, de respect d’autrui, du refus de la violence, mais aussi du développement de l’intériorité et de la spiritualité.

Face à une telle attente, l’école libre dispose d’une alternative :

- ou bien elle se contente de cultiver ce patrimoine commun de l’humanité, laissant à chacun le soin de déterminer son chemin de vie,

- ou bien elle éclaire ce patrimoine commun du message qui l’a fondée et continue de l’inspirer et elle propose, sereinement et clairement, à ceux qui viennent à elle un sens à l’éducation qui leur est dispensée, et, partant, un sens à leur existence. Pour l’école catholique, il s’agit bien sur d’annoncer l’Evangile, non point comme une référence obligatoire mais comme la source d’une vie renouvelée, au parfum d’éternité.

Alors, que choisir ?

Voici que nous sommes, chefs d’établissement, enseignants, éducateurs et parents, tout spécialement les parents engagés dans le mouvement des APEL, placés à la croisée des chemins.

Ou bien nous optons pour une école publique teintée d’humanisme, satisfaisant la majorité de ceux qui la fréquentent ; nous ne serons pas fidèles à ceux qui ont consacré leurs existences à inventer des projets éducatifs originaux et, risque majeur, nous donnerons raison aux analyses de Monsieur Meirieu : nous deviendrons l’école publique, et sacrifierons la liberté de choix des familles que nous avons si ardemment défendue.

Ou bien nous choisissons ce que certains dénomment " une école catholique pour les catholiques ", c'est-à-dire une école confessionnelle : là encore, et contrairement à ce que de bons apôtres enseignent, nous ne serons pas fidèles à l’esprit de nos fondateurs, qui ont accueilli à bras ouverts chrétiens et non chrétiens, anticipant le mot célèbre de Pasteur " je ne te demande pas qui tu es, je sais que tu souffres, cela me suffit, je te soulagerai ", pour l’appliquer à l’éducation.

Honte à nous si nous décidions d’arrêter à une page de son histoire la marche de l’Enseignement catholique ; honte à nous, parce que nous ferions d’un message révolutionnaire par amour la source d’un privilège, et parce que nous condamnerions à la disparition ces établissements que nos contemporains et la République refuseraient dès lors de reconnaître.

Seule une troisième voie est possible : elle consiste, forts de notre passé, et aussi de notre présent, à relire, à réécrire ces projets d’établissement qu’au cours de cette année nous avons voulu confronter aux attentes des parents, à nous questionner sur leur actualité et leur pertinence pour leur donner, ou leur redonner, authenticité et vigueur.

Chacun d’entre eux doit être marqué du sceau de l’originalité, parce que chaque établissement est fort d’une vie propre, d’une communauté éducative spécifique ; mais tous doivent être inspirés du même esprit, tous doivent être mis en œuvre par des adultes se questionnant sur la portée de leur engagement, sur leur dévouement aux jeunes qui leur sont confiés, sur leur volonté de faire rayonner leurs convictions, dont personne n’est juge mais qui ne peuvent demeurer enfouies.

A Créteil ou à Bordeaux, à Marseille ou à Nantes, en Vendée ou dans le Nord, nous sommes comptables envers les générations qui nous suivent de l’avenir que nous leur préparons ; nous n’avons pas le droit de les laisser chercher seules, sans références, sans exemples, le sens qu’elles peuvent lui donner. Notre responsabilité d’adultes est d’affirmer, de proposer, d’entraîner à notre suite tous ceux que nous pouvons rejoindre, en n’oubliant jamais qu’il existe mille et une manières de le faire, parce que la diversité est l’une des richesses de l’humanité.

Il reste que l’inspiration fondamentale, pour l’Enseignement catholique, doit venir et viendra de ceux qui, dans l’Eglise, ont reçu mission de nous accompagner. Ayant entendu la voix des parents, gageons qu’ils sauront trouver pour l’école de ce temps les mots qu’elle peut entendre, pour lui dire sa mission et l’aider à réaliser son œuvre.

Cette œuvre tient, en définitive, en une question posée à chaque enfant comme à chaque adulte qui franchit la porte de l’école libre : " Quel est ton rêve ? ".

Car, selon la belle formule de Maurice Schumann en exergue d’un ouvrage consacré à Edmond Michelet, " mépriser les rêves est la seule faute que le destin ne pardonne pas aux peuples ".

L’ECOLE LIBRE AU CŒUR DE LA CITE

Comme tous les biens précieux, la liberté doit être partagée.

Une école libre qui se refuserait à vivre résolument au cœur de la cité ne serait qu’un refuge.

Partout dans le Monde, ceux qui ont fondé et fondent encore librement des établissements d’éducation choisissent de servir la communauté humaine au sein de laquelle ils se trouvent.

Encore faut-il que celle-ci le veuille ?

On est conduit ici à s’interroger sur la manière dont, au sein même de notre République, certains considèrent l’école libre.

D’une part, ils ne manquent pas de souligner qu’elle ne saurait constituer une école de privilégiés, et qu’associée à l’Etat par contrat, elle doit participer au même titre que l’école publique à la mission d’éducation nationale.

Et d’autre part, les mêmes s’insurgent contre les moyens qui peuvent lui être accordés, pire encore, protestent contre le fait que certains de ses établissements soient inscrits au nombre des collèges de la réussite !

Seul le dogmatisme peut expliquer une telle contradiction, un tel aveuglement devant le sens de l’Histoire.

Je m’explique : il n’existe pas de société humaine qui aille durablement de la liberté vers le totalitarisme.

Permettre aux citoyens d’un pays d’exercer un choix, c’est faire grandir la démocratie.

Comment est-il possible de concevoir encore en France l’existence d’un système d’éducation unifié, sans respiration et sans alternative ?

Le choix fait aujourd’hui par l’école libre et les pouvoirs publics est tout autre : la loi sur la situation juridique des maîtres, la volonté d’associer régulièrement l’UNAPEL aux travaux préparatoires du socle commun ou du statut des parents, comme de la faire participer aux commissions et groupes de travail consacrés à différentes questions d’éducation, en témoignent.

Un sujet pourrait faire difficulté : celui du forfait pour les élèves non résidents, qui se heurte à des résistances locales, voire à de tentatives curieuses de retournement de la loi, venant parfois de parlementaires ayant voté celle-ci !

Sans doute la France ne serait-elle plus elle-même sans cet esprit de clocher qui perdure curieusement à l’heure où Mittal s’attaque à Arcelor ! Nous demeurons néanmoins très attentifs à l’évolution de cette situation et nous appelons de nos vœux une clarification gouvernementale de certaines positions des représentants de l’Etat qui semblent n’engager qu’eux-mêmes.

Sur ce point, comme sur d’autres, la cohésion des acteurs de l’enseignement libre doit être, et sera, totale ; l’UNAPEL sait jouer le rôle d’initiateur politique qui est historiquement le sien ; elle sait aussi accompagner et respecter les initiatives du Secrétariat Général de l’Enseignement Catholique ; elle souhaite qu’il en soit toujours ainsi à l’égard des siennes, de la part de l’ensemble des acteurs de l’institution, et qu’ils n’hésitent pas, lorsqu’elle les a loyalement soutenus, à lui dire qu’ils ont apprécié ce soutien.

Mais la question des moyens n’est pas première : c’est la volonté d’agir pour le bien commun qui doit guider toute initiative.

Ce bien commun, aujourd’hui, c’est une véritable politique d’éducation populaire, que tous les citoyens français appellent de leurs vœux, et parmi eux les parents d’élèves de l’enseignement libre.

Au lendemain de la seconde guerre mondiale, nombreux ont été ceux qui ont milité en faveur d’une telle politique, convaincus qu’elle était un rempart contre les haines et les divisions ; le temps passant, la récupération idéologique pour les uns, une vision strictement gestionnaire
pour les autres en sont venus à bout.

Les effets sont aujourd’hui visibles : quartiers en feu, enseignants désorientés, jeunes sans espoir.

La réponse à ces maux ne tient pas dans la distribution de nouveaux placebo sociaux ou dans des occupations subventionnées : elle repose sur la conviction que l’éducation est le socle et l’avenir d’une nation, à la condition qu’elle soit ouverte à tous, dans des conditions de liberté, d’égalité et de fraternité.

Liberté : elle suppose le pluralisme, au travers d’établissements publics ou privés porteurs de projets éducatifs adaptés aux jeunes qui les fréquentent, mettant en œuvre des méthodes pédagogiques originales et innovantes ; on peut sûrement enseigner Victor Hugo à un jeune d’origine étrangère vivant en France, encore faut-il s’en donner les moyens ?

Egalité : elle exige que la même considération soit accordée à chaque élève et à chaque famille, quelles que soient les difficultés dont ils sont porteurs. Lorsqu’il s’adresse à eux, un enseignant est un citoyen de la République parlant à d’autres citoyens.

Fraternité : rien ne se fera sans qu’elle envahisse la cour des écoles. Quel crime y aurait-il à dire et à écrire à l’intention de chaque élève : " Entre, ici, on t’aime " ? N’est-ce pas la condition première pour apprendre que de sentir que l’on a une importance aux yeux de celui qui enseigne ?

Sur ce point, la longue expérience de l’enseignement catholique est précieuse ; elle n’est pas le support de la conquête de nouveaux marchés, ou d’une nouvelle évangélisation rampante ; elle est une chance offerte, à peu de frais pour la collectivité, à des milliers d’enfants et d’adolescents, pour peu qu’on veuille bien l’associer à l’action qui semble s’engager en direction des publics les plus défavorisés.

Perpétuel laboratoire d’expérimentation, lieu de gratuité et de propositions, l’enseignement libre n’en finit pas d’imaginer un nouvel art d’éduquer où l’idéal croise le réalisme.

Notre appel est solennel : ne cédez pas, Monsieur le Ministre, à la pression de ceux qui n’admettent pas que la générosité ne soit pas leur monopole ; acceptez le concours de toutes les bonnes volontés et de toutes les compétences ; entendez l’appel des parents de ce pays ; mettez en œuvre ce que vous avez annoncé ; vous laisserez dans l’histoire de l’éducation et dans l’histoire de l’enseignement libre la marque d’une authentique volonté républicaine de progrès et d’équité.

Eric RAFFIN
21 mai 2006