Un séjour au Sénégal dans le cadre du jumelage des paroisses
Ste Quitterie en Bearn et St François d’Assise de Keur Massar

Un groupe de paroissiens s'est rendu avec le Père Pierre Sallenave, au Sénégal dans le cadre d'un jumelage qui vise à soutenir des actions de développement et d'échanges...témoignage

Historique : Ce jumelage est né de liens amicaux entre l’Abbé Pierre Sallenave et quelques sénégalais qu’il a eu comme élèves pendant ses 2 années de coopération en tant que professeur à l’école religieuse de Joal (sur la côte Sud), il y a une 30ne d’années. Des retrouvailles à Lourdes il y a 7 ans ont scellé cette amitié par une jumelage qui nous permet de soutenir certaines actions de développement et d’échanger de diverses manières, chacun ayant quelque chose à apporter à l’autre pour un enrichissement réciproque.
Notre séjour s’est donc passé, avec notre curé, dans le cadre de ce jumelage.

Keur Massar : A l’origine un village de bergers peuls à 25 km de Dakar.

En 1980, devant les problèmes de logement à Dakar, un groupe d’enseignants catholiques a constitué une coopérative d’habitat et obtenu de l’Etat l’attribution d’un terrain qu’ils ont partagé en lots (entre 150 et 300 m2 par lot). Un promoteur s’est chargé de les viabiliser et de réaliser une partie des travaux. Ce groupement a obtenu le soutien de la Banque de l’Habitat, chaque maison étant hypothéquée jusqu’au remboursement complet de l’emprunt. 154 familles de l’enseignement catholique se sont donc installées dans cette ville naissante, bientôt suivies par d’autres groupes réunis en coopératives : de la santé, police, employés d’une huilerie, de l’électricité etc…
Une fois installés, nos amis ont mis en place une école privée catholique, la COCHAPEC. Les locaux étaient plus que rudimentaires, mais elle fonctionne toujours et notre paroisse a participé plus d’une fois à des achats d’équipement. En maternelle les enfants sont encore assis sur des nattes tandis que dans les autres classes le mobilier est minimum, mais une éducation religieuse catholique, civique et morale est donnée à tous, quelle que soit la religion de l’enfant, par des enseignants motivés, soutenus par des parents conscients de leur devoir d’éducation et d’aide à leur peuple.
Pour nos professeurs le besoin d’une église s’est vite fait sentir. Au début, la messe était célébrée dans les cours des maisons, puis Caritas leur a proposé un hangar dont elle n’avait plus l’utilité. C’est devenu leur église. Chaque année ils l’améliorent et nous avons été heureux d’y prier avec eux, le samedi soir sur fond de tam-tam, le dimanche à la grand’messe plus classique. A chaque messe l’église est pleine et les bancs des enfants bien remplis. On aimerait en avoir autant dans nos églises. Plusieurs chorales animent à tour de rôle les chants.
De nombreux mouvements réunissent les chrétiens : groupes charismatiques, JOC, Rosaire, Légionnaires du Christ, Cœur Vaillant et Ame Vaillante, scouts etc… Les femmes se réunissent souvent en confréries pour prier ensemble. Nous n’avons malheureusement pas pu partager l’un de ces rassemblements.
Les 3 prêtres de la paroisse habitent une maison qui leur est prêtée gratuitement par un ancien prof de français, Joseph N’Bong, membre de la coopérative et aujourd’hui ministre des Télécom. Etant trop à l’étroit dans cette maison, avec l’aide financière de l’archidiocèse de Dakar et celle de notre paroisse, ils ont lancé la construction d’un nouveau presbytère.
Le Père Sallenave tient beaucoup à chacun de ses séjours à vérifier l’utilisation de nos fonds et à suivre l’évolution des projets.
Il faut noter que le Sénégal, à 95% musulman, a toujours dans son Gouvernement au moins un ministre catholique. Quand le projet d’un nouveau lotissement est lancé, un terrain est toujours attribué pour chaque culte, musulman et catholique, ainsi que pour une école. Il faut parfois se battre pour que cette règle soit respectée. En tout cas le nouveau presbytère se construit sur un terrain attribué gratuitement selon ce principe.
Aujourd’hui Keur Massar est une importante agglomération qui ne cesse de s’étendre avec ses innombrables maisons individuelles bâties sur le sable, entourées généralement d’un mur protecteur, qui abritent souvent plusieurs générations.
L’arrivée de toute cette population a bien sûr développé le commerce. Le quartier du marché propose toutes les couleurs et les odeurs de l’Afrique. On slalome entre les étals de poissons, frais ou séchés, légumes souvent inconnus, épices de toutes sortes, volailles caquetantes, tissus colorés etc… Mais oh surprise, dans cette boutique crasseuse on découvre 3 ordinateurs et des lycéennes qui travaillent sur Internet avec les bons conseils de notre ami, Clément, le responsable des enfants de chœur. Un peu plus loin, un cybercafé du même style attire la jeune clientèle, et les téléphones portables occupent bien des mains dans ce grouillement de foule. Dans les rues un peu plus larges, les voitures ne peuvent rouler à cause du sable omniprésent, mais il faut faire attention aux carrioles, dites " calèches ", tirées par des chevaux faméliques et qui servent à tous les types de transport.

Nous habitions chez Louise et Michel Seck, gens intelligents, pleins d’humour et un peu nonchalants comme tout africain qui se respecte. Michel est professeur d’anglais, retraité depuis peu. Il a été directeur de l’enseignement catholique à Saint Louis et aujourd’hui il a encore des fonctions dans l’enseignement catholique. La famille est plutôt aisée, mais n’a pas de voiture, le mobilier est très sommaire, depuis cette année ils ont des toilettes correctes, mais sans chasse d’eau !, la douche est froide bien sûr, la vaisselle est lavée sur le sol de la cour dans des grandes bassines après que les mouches se soient repues des restes du repas. Une petite bonne, en l’occurrence une nièce éloignée que l’on instruit en même temps, assure les travaux ménagers pendant que Louise, retraitée elle aussi, fait son commerce de glace – des sachets de plastique remplis d’eau et congelés dans l’armoire-congélateur qui trône au milieu de sa " cantine " comme s’appellent les échoppes du souk – Ils ont 3 enfants : Madeleine, mariée à un informaticien, mère d’une petite Louise-Hélène de 14 mois que ma peau blanche terrorisait, Alexandre qui finit sa spécialisation de médecin anesthésiste et Véronique qui a fait des études de tourisme et cherche en vain du travail.
Notre chambre était très sommairement meublée, mais sur la table l’ordinateur familial témoignait de la culture de nos hôtes, une grande moustiquaire nous protégeait en principe des moustiques, quand on ne se retrouvait pas entortillés dans la toile et les doigts de pieds à l’air. Les moustiques ont dû plusieurs fois se régaler de notre tendre et pâle chair…
Chaque soir nous étions invités dans une famille différente, pour des repas délicieux : temps de convivialité exceptionnelle où je regrettais l’absence des femmes à table. Ce n’est qu’à la fin de notre séjour que nos différentes hôtesses sont venues.

Des journées bien chargées, riches de rencontres et de découvertes :
Nous n’avons jamais été seuls. L’Abbé P. S. est un guide parfait, tout-à-fait à l’aise dans ce cadre dépaysant pour nous mais qu’il connaît bien, mais nous étions en plus chaque jour chaperonnés par un ou plusieurs amis sénégalais. Nous nous déplacions en taxi (nous étions priés de ne pas nous montrer lors du marchandage du prix de la course, notre présence faisant flamber les prix !) ou en transports en commun, " les cars rapides ", les uns et les autres étant des guimbardes à bout de souffle. Mais ça roulait et cahotait sur les routes truffées de nids de poule ou sur les bas-côtés, meilleurs que la route. Pas de signalisation et aucun panneau indicateur utile à l’étranger qui cherche à s’orienter. Du début jusqu’à la fin il faut donc faire confiance !
Ce serait trop long de raconter en détail nos journées en immersion sénégalaise. Nous vous donnons donc un aperçu de ce qui nous a le plus marqués.

Le tourisme : nous avons découvert le Lac Rose et ses salines, envahi chaque année par le Paris-Dakar.
L’île de Gorée aux ruelles tranquilles et pleines de charme, un peu trop encombrées par les artistes locaux qui cherchent à vous refiler à tout prix leurs tableaux. La maison des esclaves évoque le souvenir poignant du commerce " d’ébène ". Le guide, ancien tirailleur sénégalais, catholique converti à l’islam mais qui veut mourir en chrétien…, était un vrai régal à écouter. Philosophe humaniste et poète il a consigné ses réflexions sur des panneaux un peu partout dans le bâtiment. Un personnage peu banal et reconnaissant envers la colonisation. Ce genre de rencontre et l’admiration de nos amis devant certains édifices coloniaux de Dakar : " notre patrimoine historique de la colonisation " étaient réconfortants dans le contexte politique français actuel.
C’est à Gorée que j’ai eu la surprise de rencontrer un ami landais, le P. Thierry Duclercq, curé de Saint-Sever. Il n’en revenait pas,… et moi non plus !
Une expédition à 6 dans un taxi 504 familiale vers Palmarin, sur la côte Sud nous a occupés une grande journée, avec longue traversée de la brousse : forêt de baobabs, monstres aux troncs énormes et aux branches minces et désordonnées qui font penser à des dessins d’enfants, roniers au tronc mince et droit couronné d’un toupet de feuilles en éventail, manguiers en fleurs etc… nature livrée à elle-même et dépaysement total. Il est probable que cette nature s’anime davantage à la saison des pluies, " l’hivernage " pour eux, l’été pour nous. Mais on du mal à imaginer les cultures de mil, d’arachides, de sorgho car on ne voit pas de délimitation de champs ni de terres travaillées. Tout au long de la journée des haltes aux différentes maisons natales nous ont permis de connaître la mère de Jacques, puis le neveu, la belle-sœur, le frère, le cousin …, poignées de mains accueillantes accompagnées du traditionnel : " Alors ça va ? chez toi ça va ? ça va, ça va ! "Nous avons donc rencontré un nombre incalculable de parents, cousins, frères, sœurs, neveux et nièces car après la visite chez Jacques, nous sommes allés chez Louise, puis chez Pierre, chez Robert, chez Jean et chez Michel…. Notre chauffeur de taxi était excédé par tous ces arrêts, tandis que nous " honorions le fauteuil " dans des cases minuscules, sans électricité, où l’on nous servait des boissons ou du poisson délicieux que nous décortiquions dans le plat commun tandis que la parentèle, comme il se doit, défilait. Retour aux sources aussi pour l’Abbé Sallenave qui nous a présenté son ancienne école de Joal, et visite de l’île pittoresque de Fadiouth constituée d’un monceau de coquillages. Le sol en est couvert, on marche dessus. La population depuis des générations protègerait l’île de l’érosion maritime en y entassant ces coquillages dont regorge le sol marin.
Etape rapide à la maison natale de Senghor, bâtiment modeste surtout lorsque l’on sait qu’y vivaient son père, ses 5 femmes et 41 enfants. J’y ai relevé une délicieuse phrase de cet homme exceptionnel qui résume bien l’ambiance : " mes frères et sœurs serraient contre mon cœur leur chaleur nombreuse de poussins… "
Au retour de l’expédition, nous avons eu quelques gouttes d’eau – fait exceptionnel en cette saison sèche, à croire qu’on amenait avec nous la pluie du Béarn - notre taxi au pare-brise étoilé, freins exténués, compteur de vitesse cassé, phares à faible lueur, roulant de préférence sur les bas-côtés de la route, donc dans la poussière, n’avait pas non plus d’essuie-glace. Nous avons donc roulé hardiment, le chauffeur sortant de temps en temps une bouteille d’eau par la fenêtre pour envoyer une giclée sur le pare-brise. Et nous sommes rentrés à bon port : vive l’Afrique !
Nous avons eu un peu moins de chance au retour de l’Abbaye Bénédictine de Ker Moussa où nous avons pu assister aux Vêpres du dimanche : chants de louanges et psaumes accompagnés de musique traditionnelle ; c’était très beau. Pour ces moines, en majorité sénégalais, la règle a été assouplie compte tenu du contexte culturel et familial où ils ont grandi. Ils vont au bord de la mer chaque semaine et un terrain de foot leur permet de se défouler joyeusement.
Après quelques emplettes et la visite de leur jardin botanique aux fleurs variées et pamplemoussiers croulant de fruits, nous sommes repartis à la tombée de la nuit et bientôt le taxi a crevé : hélas, pas de roue de secours ! Il n’y eut plus qu’à attendre (1 bonne heure !) au bord de la route qu’on vienne nous chercher (heureusement cela s’est passé devant une cahute avec téléphone)…
Une journée à Dakar nous a permis d’en visiter la Cathédrale et les rues principales, de revoir un prêtre ami, le P. Sébastien, de déjeuner à la Procure avec le Doyen et quelques autres sympathiques prêtres, sans oublier à l’occasion de serrer les mains des inévitables cousins ou amis de la même éthnie cerère rencontrés à l’évêché, dans une agence de tourisme, dans une école et je ne sais où. Et pour finir nous avons honoré les fauteuils d’une jeune ménage, lui vétérinaire, elle réfugiée ougandaise, dans une modeste pièce sans eau courante mais où la TV en bonne place a permis à nos amis de suivre la finale du match de foot de la Coupe Africaine.
Il y avait de l’ambiance, et beaucoup de déception devant la victoire de l’Egypte. !
La ville de Dakar est construite sur une presqu’île et n’est reliée au reste du continent que par une 2X2 voies mal entretenue. Des travaux pour un échangeur à un carrefour-clé laissent entrevoir une amélioration du trafic, mais les travaux seront-ils jamais achevés ? Pour aller au collège ou au travail à Dakar, les habitants de Keur Massar doivent se lever à 5h du matin pour affronter les 2 à 3h de bouchons bi-quotidiens. Il y a assez peu de voitures individuelles, mais des flots de taxis jaunes, officiels mais sans compteur, et de taxis clandestins, dits " clandos ". Avec les uns et les autres il faut discuter les prix. Généralement, ils attendent d’être pleins pour partir. Il est vrai qu’ils ne peuvent pas compter faire de nombreuses rotations dans la journée. Toutes ces voitures sont des " venants ", c’est-à-dire des occasions importées, et elles continuent ainsi jusqu’à épuisement total leur déjà longue carrière européenne. Pour le reste, ce sont des transports en commun, petits bus de 30 places environ, dans un état de dégradation innommable où l’on s’entasse sur les banquettes et dans l’étroit couloir, sur des strapontins, et auxquels s’accrochent à l’extérieur quelques grappes humaines en équilibre instable.
Aux carrefours stratégiques, des nuées de petits garçons harcèlent les passants en tendant la main. Ces enfants sont confiés par leurs parents, pour s’en décharger, à des écoles coraniques dirigées par des imams qui les exploitent en leur faisant faire la manche. Si les gains de la journée sont insuffisants, ils sont battus, voire affamés. Pauvres enfants…

Des réalisations exceptionnelles :

L’Hôpital Traditionnel de Keur Massar : créé par une française, le Dr Yvette Parès, cet hôpital associe les connaissances de la médecine moderne à celles de la médecine traditionnelle sénégalaise. Profondément émue par les souffrances des lépreux ce médecin biologiste de génie eut l’idée d’associer ces 2 méthodes, avec l’aide de guérisseurs réputés de la brousse dont elle a su conquérir la confiance. Malgré une opposition souvent violente de la médecine internationale, mais soutenue par Senghor et certains étrangers, notamment allemands, suisses et autrichiens ainsi que par Caritas, elle a pu mettre au point des traitements très efficaces à base de plantes et écorces ramassées dans tout le pays. Aujourd’hui cet hôpital, constitué de modestes maisons disséminées dans la nature accueille chaque jour des malades pour une consultation (sauf le vendredi car pour le peuple les médicaments n’agissent pas ce jour-là), soigne les lépreux et accueille leurs enfants auxquels il donne dans son école une petite instruction, traite les diverses plantes et fabrique les médicaments. Depuis peu, on sème et fait pousser sur place un certain nombre de ces plantes pharmaceutiques.
Les recherches de Mme Parès se sont portées sur bien d’autres domaines, et on lui achète, du monde entier des tisanes ou poudres contre la tension, le cholestérol etc… Il y en a pour tous…, et nous sommes repartis, chacun avec son précieux sachet d’herbes magiques ! Aujourd’hui elle a mis au point un traitement contre le Sida, très économique, qui fait des merveilles, mais elle se heurte à l’opposition féroce des grands groupes pharmaceutiques. Sur le plan local un certain nombre de gens influents s’opposent à elle, redoutant, si le traitement est reconnu, de ne plus recevoir l’aide de l’OMS et autres organismes grâce auxquels ils roulent en superbes 4X4 et mènent grand train de vie. Cette visite nous a beaucoup impressionnés et soulevé notre admiration pour ce médecin et l’équipe qui l’entoure, dont 5 guérisseurs traditionnels et une femme albinos qui nous a pilotés.

La Mission des Ursulines de Thiaroye : perdue au milieu d’une multitude de maisonnettes poussiéreuses, la mission propose un atelier de couture où elle forme sur 2 ans des jeunes filles et un dispensaire où défile toute la misère du monde : salle de pansements, consultations, pharmacie (les médicaments sont donnés au compte goutte dans des cornets en papier), cantine où l’on fabrique chaque jour une bouillie protéinée pour des enfants sous-alimentés que les mères amènent et nourrissent sur place. Une solide et sympathique Sœur Honorine, de nationalité malienne, s’occupe du dépistage du sida. Grâce à un laboratoire bien équipé n’importe qui peut s’y faire faire un test de dépistage. En moyenne 5% des testés sont séropositifs, en majorité des femmes car les hommes sont réticents au dépistage. Après celui-ci, certains malades demandent un suivi médical vers lequel on les oriente, d’autres disparaissent dans la nature. Les Sœurs, liées par le secret médical, n’ont pas le droit d’informer la famille. Le malheur c’est que beaucoup d’hommes sont polygames et lorsqu’ils portent le virus, ils font des ravages dans leurs familles.
Les sœurs et les infirmiers ou infirmières ont le sourire et une patience à toute épreuve. On est dans un havre de paix troublé à peine par les pleurs d’un enfant qui a peur de se faire ausculter. Sœur Angèle, amie de l’Abbé Sallenave, une espagnole pleine de vivacité qui a enseigné pendant quelques années au Collège de l’Argenté à Bayonne avait appris par la " radio africaine " la présence du Père S. au Sénégal et comptait sur sa visite. Elle a été comblée et nous avons reçu le meilleur accueil.

Les Sœurs de Keur Massar : 2 africaines et 2 blanches aident les prêtres de la paroisse et jouent un rôle d’assistantes sociales auprès de la population. Les enfants du quartier les connaissent bien et surtout leur armoire à jouets. Ce serait l’invasion permanente si leur solide porte n’était pas fermée à clef ! C’est à elles que nous avons remis les vêtements d’enfants donnés par Ariane et des médicaments.

Des écoles remarquables, chacune à son échelle :

Nos pas nous ont conduits aussi à visiter quelques écoles. La première de K. Massar, la COCHAPEC, fondée par nos amis fonctionne toujours. Les petits nous ont chanté et mimé plusieurs chants ; bouilles noires et rondes, les billes blanches de leurs yeux nous fixant avec étonnement ils nous ont accueillis par : " bonjour Tonton, bonjour Tata, ça va bien ? ". C’était craquant !
Plus loin l’école privée " la Familiale " accueille 800 élèves dans un bâtiment de 3 étages disposés autour d’une cour carrée. Chaque fin de trimestre s’y passe la cérémonie du lever des couleurs par les lauréats du trimestre, en présence des parents. Les classes regroupent jusqu’à 45 élèves.
L’école des Maristes, Sainte Marie de Han à Dakar :
Mgr Lefèvre, alors évêque de Dakar en fut un des promoteurs. Cette immense école (environ 3000 élèves) est un vrai paradis, nous n’en avons jamais vu de pareille au cours de notre longue existence….même l’Annonciation est dépassée, pardon Dorothée… Bâtiments harmonieux, dispersés dans un immense parc admirablement entretenu ; ça et là des paillotes abritant des salles de classe rappellent que nous sommes en Afrique. Un petit cheval, dans le " Ranch de Lucky Luke ", un peu plus loin des pélicans dans un enclos ou un jardin potager entretenu par les jeunes élèves avec un jardinier-pédagogue soutiennent les cours de sciences naturelles. Chaque allée, chaque place ou édifice porte un nom : saints de notre histoire religieuse ou homme célèbre connu pour ses œuvres humanitaires. Partout des fresques évoquent un idéal, des extraits du N.Testament et du Coran ou des maximes d’écrivains célèbres plaqués sur les murs appellent à se dépasser et à bâtir la paix. Il y en a tant qu’on doit finir par en être imprégné !
Tout est en ordre, propre, les haies bien taillées, c’est suffocant. L’immense domaine se prolonge par le parking des cars et l’atelier de mécanique pour leur entretien, la menuiserie où se construisent tous les meubles, un très grand stade et une cité pour loger les professeurs. Quant à l’église Ste Marie, ronde comme une immense paillote, elle recèle elle aussi de vrais trésors : d’immenses fresques de style africain, peintes par un musulman (inspiré !), relatent la vie de Marie en couleurs vives et formes élancées. C’est splendide ! P. Sallenave nous en avait souvent parlé, mais on était loin d’imaginer pareils chefs d’oeuvre
Nous avons été ainsi d’étonnement en étonnement, oubliant l’atmosphère sale, anarchique, grouillante et bruyante de la capitale où nous nous trouvions.
Le directeur qui était à la tête de cette magnifique école depuis une trentaine d’années vient de prendre sa retraite et est remplacé par une française qui était chargée de responsabilité à Caritas. Espérons qu’elle saura maintenir le flambeau !

L’agriculture : Notre découverte du Sénégal ne pouvait se faire sans une incursion dans le monde agricole.
Notre première approche a eu lieu dans le jardin de Vincent, un homme courageux et travailleur, de famille musulmane, récemment converti au catholicisme et fidèle de la paroisse. Son apprentissage s’est fait en tant qu’ouvrier agricole dans une ferme d’arboriculture. Très vite il prit l’initiative de cultiver quelques légumes au pied des arbres fruitiers. Devant le succès de ses cultures son patron lui prêta un terrain vague, et le voilà lancé dans une aventure qui le passionne. Le problème majeur est l’eau. Au début il puisait l’eau de son puits seau par seau, un travail harassant. Le Père Sallenave l’aida à mettre en place une pompe. Peu à peu son jardin prit forme et il produisit des légumes qui trouvaient acquéreurs. Depuis, le terrain est exproprié pour la construction d’un lotissement. Il en a trouvé un autre, à quelques km de piste de sable où nous nous sommes rendus en carriole à cheval, dite calèche : comme nos petits enfants auraient aimé être de l’expédition ! Notre jeune agriculteur a été heureux de discuter avec Guilain de variétés de légumes : choux, tomates et concombres, de traitements, rendements etc… Il a un puits abondant où il puise toute la journée pour remplir 2 bassins dont l’eau s’écoule dans les rigoles d’irrigation. Mais Vincent est persuadé qu’il épuiserait son puits s’il pompait avec un moteur. C’est donc avec un jeu de pédales que s’effectue le pompage ; et qui dit pédale, dit pédaleur. Ils sont donc 3 à se relayer toute la journée pour pédaler, perchés à 1m du sol sur leurs longues jambes. On croit assister à une étrange danse aérienne d’échassiers…
Il ne tire pas grande richesse de ce dur labeur, mais il le fait avec passion en louant Dieu pour les merveilles de la création. Cette visite nous a beaucoup touchés.
Grâce au système des relations inter-éthnie, nous avons pu visiter avec le Père Etienne, vicaire de la paroisse, une grande ferme d’élevage à 20 km environ de K. Massar. Elle appartient à un banquier de Dakar et s’étend sur de nombreux Ha, personne n’a su nous dire combien. Des vaches laitières de races variées et un grand troupeau de zébus vivent en stabulation. Plus loin sont parqués les veaux, taurillons etc… En dehors des parcs, quelques animaux ruminent paisiblement dans les allées sans troubler personne. Partout traînent des sacs éventrés, du fumier, des gravats… il y a de l’idée, mais un laisser-aller désolant. Un technicien belge que nous rencontrons par hasard nous explique avoir été appelé il y a quelques mois pour redresser la situation. A son arrivée en août, sur les 22 forages de la ferme, 3 seulement fonctionnaient encore. Aujourd’hui 7 sont en état de marche nous dit-il en levant les yeux au ciel. Il est secondé par un jeune vétérinaire sénégalais, qui ne nous pas reçus parce qu’il faisait la prière…
Nous avons longé une grande plantation d’ananas qui crève de soif, tout comme celle de bananiers, tandis que les papayers atteints de maladie offraient un spectacle de désolation. Malgré ce bilan navrant, le propriétaire a l’intention de créer une laiterie moderne avec fabrique de fromage et autres produits laitiers. Qui vivra, verra, inch Allah…

Comme vous pouvez l’imaginer, notre séjour a filé à toute allure.
Il nous laissé le souvenir d’un pays paisible mais à l’abandon, où les riches terres cultivables sont loties, les maisons presque toujours inachevées surgissant du sol sans le moindre plan d’urbanisme et sans les évacuations appropriées. Un peuple vivant de bricolage : partout des tas de ferraille, des chèvres, des ordures où le plastique est majoritaire, des étals sur les trottoirs, en bord de route etc… Bref, l’Afrique.
Et individuellement, des gens extraordinaires, intelligents, dynamiques et évolués, gais et plein d’humour, très sympathiques et de surcroît catholiques fervents et engagés, auprès desquels ce fut un vrai plaisir de partager ces 8 jours d’amitié au Sénégal.

Ch. MARES