Retour des rencontres européennes de jeunes proposées par la communauté de TAIZÉ à Milan

"Des instants de Grâce"

par Sophie Hontaàs - SDIC

Avec le Père Pierre Sallenave, curé de Sauvagnon et organisateur depuis 14 ans des pèlerinages de Taizé depuis le Diocèse.

Les rencontres européennes de Taizé à Milan en décembre 2005 marquent le 14e pèlerinage de Taizé du Père Sallenave.
Son enthousiasme ne faillit jamais dès lors qu’il s’agit de parler des temps forts vécus par les jeunes et leurs accompagnateurs.
Aussi le bilan est tout aussi positif que les autres années : 10 personnes du Diocèse se sont rattachées aux cars partant de Toulouse pour rejoindre Milan, mais qu’importe le petit nombre, l’essentiel étant que les jeunes qui reviennent soient marqués par ce qu’ils ont vécu.
Le père Sallenave cherche le " secret " de la réussite de ces rencontres : une hospitalité débordante de générosité, le partage dans toutes les langues ? Oui mais surtout beaucoup d’émotion dans les prières, un vrai " miracle " constaté dans les carrefours où les témoignages sur l’ennui que les jeunes ressentent pendant les messes dominicales ne cessent d’affluer. Pour qualifier la prière proposée par la communauté du Frère Roger, c’est la simplicité qui prédomine, dans la prière, dans la liturgie qui apaisent, loin des " chicichicichici aieaieaie " de certaines célébrations.
Également la beauté de la prière : les paroles des frères de Taizé, puisées soit au travers des psaumes soit de la Bible, sublimées par les arrangements musicaux, portées par la participation des chanteurs, achèvent cette édification vers le beau et le simple.
Enfin le " décor " toujours simple avec des tentures orangées, de la lumière à foison dans le chœur tandis que l’assemblée placée dans la pénombre, porte les regards et les cœurs vers l’autel. Pour Pierre Sallenave, toute cette beauté élève les gens, c’est peut-être cela le secret de Taizé ?

De retour en Béarn, les jeunes participants se sont retrouvés pour une soirée de témoignages et de bilan. Avant que la soirée ne débute, les photos sont visionnées et les chants de Taizé remettent tout le monde dans l’ambiance. Tout est propice à ce que les instants vécus là-bas soient prolongés ici car comme le rappelle Pierre, " à Taizé on nous dit de veiller, de rentrer dans nos paroisses, de " retourner à Jérusalem à travers la montagne de la Résurrection, c’est cela l’expérience biblique ".

Témoignages

Hélène 26 ans fait partie de l’aumônerie d’Oloron et de la Pastorale des Jeunes pour ce secteur.

Elle s’est rendue à trois JMJ (Paris, Rome, Toronto) et à deux pèlerinages de Taizé dont celui de Lisbonne en 2004. Elle a été marquée par la prière autour de la Croix de Taizé, un moment très émouvant, où règne le silence, alors que la Croix est posée au sol, les jeunes s’avancent à genoux pour se recueillir et posent leur front pour offrir à Dieu leurs peines, joies, et alléger leur cœur et leur corps.
Les moments de fraternité avec les autres jeunes du monde entier, c’est aussi cela le pèlerinage de confiance de Taizé.
À son retour ici, c’est un peu difficile après avoir vécu tant de moments forts, mais cela apprend à positiver la monotonie de la vie quotidienne en mémoire de tous les moments vécus là-bas. Frère Aloïs, à la suite de frère Roger, sait prolonger les paroles de Frère Roger.

Gérard 23 ans de Lucq de Béarn en BTS par alternance.

Il s’est rendu aux JMJ de Rome et aux rencontres de Taizé à Lyon. Lorsqu’on lui a proposé Milan, il était tout de suite partant, malgré le trajet et la fatigue liée au déplacement. Il dit en avoir besoin pour épanouir sa culture (NDLR religieuse)... À Milan, il a été une fois de plus marqué par l’intensité des prières et le silence alors que 1000 à 2000 jeunes se trouvaient réunis. Il a beaucoup aimé l’ambiance le soir au Forum permettant les échanges avec les Italiens.
Lorsqu’il échange avec ses copains sur le programme de leurs réveillons respectifs, c’est sûr que ces derniers sont surpris et parfois ne comprennent pas sa démarche
Se sent-il différent à son retour ? il sent qu’il progresse, qu’il voit d’une autre manière la vie de tous les jours. Il essaie de partager son expérience avec ses copains, mais même s’il sait que certains ne franchiront jamais le pas de venir avec lui, il sent de leur part un respect pour ses choix.

Corinne 20 ans Aussevieille est en BTS de tourisme à Tarbes.

Elle était déjà allée à Lisbonne en 2004 et est en quelque sorte la génération JMJ où elle s’est rendue à deux reprises à Toronto et à Cologne. À la question " est-ce que l’on a besoin à 20 ans de temps forts comme les JMJ ou les rencontres de Taizé pour prier ?, Corinne répond en faisant la différence entre les JMJ et Taizé qui ne proposent pas la même façon de prier et elle précise que tout son entourage familial et amical sait ses engagements de jeune chrétienne, ce qui fait qu’elle n’a pas besoin de s’en cacher et qu’elle en parle ouvertement, tout en attendant du respect de leur part.

Olivier 15 ans de Sauvagnon

C’est son second pèlerinage de Taizé déjà, mais il avoue que celui de Milan a été encore plus extraordinaire que celui de Lisbonne en 2004, car il a pu s’investir encore plus intensément dans toutes les activités.
Les rencontres entre les peuples, notamment lors de la " Fête du Nouvel An des Nations ", qui bien qu’en anglais, lui a permis de faire connaissance, de s’amuser, de partager beaucoup d’idées sur la culture et les conditions de vie des jeunes. Il a été frappé par l’intensité des moments de silence où la communion avec tout le monde était perceptible.
À 15 ans, il a des copains qui peuvent comprendre sa démarche, d’autres non, qui ne seraient pas motivés pour abandonner le type de réveillon qu’ils font au profit de cette ambiance unique qu’il a connu à Taizé.

Marie 15 ans de Jurançon et Alice 16 ans de Monein (cousines)

Dès le départ des bus depuis Toulouse avec les 93 personnes dont 10 de ce diocèse, il y a eu des liens qui se sont tissés, au travers de chants accompagnés à la guitare et des temps de prière. Le groupe a été reçu en paroisses près de Milan et les deux jeunes accompagnés d’un adulte ont été hébergées chez un monsieur veuf, qui s’est occupé des jeunes comme il le ferait pour ses propres enfants. Elles ont été très impressionnées par la communion avec Dieu qui leur a été proposée lors de la prière à la Croix de Taizé où l’on a la possibilité de vider toutes ses souffrances, de tout confier à Dieu. Cela au milieu de tant de jeunes de toutes nationalités. Elles ont eu un vécu intérieur qu’elles n’ont connu nulle part ailleurs. Elles témoignent aussi des silences lors des temps de prière. L’année prochaine la prochaine rencontre se fera en Croatie, elles sont déjà sûres d’y aller !

Michel 53 ans papa d’Alice et oncle de Marie

Il a accompagné les deux jeunes mineures car elles avaient tellement envie d’aller à Milan qu’il n’a pas pu leur refuser. Il ne le regrette pas, bien sûr, car il a vécu des temps forts de prière, il a été touché par la qualité de réception des Italiens et il a été témoin de tous ces jeunes qui étaient en communion en même temps dans la prière et leur tire son chapeau pour leur sens de la responsabilisation. Il n’y a eu en effet aucun débordement alors qu’ils étaient plus de 50 000 jeunes.
Il encourage les adultes à soutenir les jeunes, à les accompagner s’ils leur demandent de les accompagner, avec ce simple conseil " allez-y ! car les jeunes nous apportent beaucoup en joie et en amitié ". Cependant, il reste lucide sur le fait que ces jeunes sont une minorité comme en témoignent les cas uniques de sa fille ou de sa nièce sur leurs paroisses respectives. Il n’y a pas plus de jeunes dans les églises….

Autre témoignage

Après Lisbonne l’année dernière, ce pèlerinage fut une nouvelle expérience forte dans ma vie, tant sur le plan spirituel que sur le plan humain. Lors d’un tel rassemblement, on a l’impression d’être déconnecté de la vie quotidienne, d’être sur une autre planète.
D’un point de vue spirituel, cela a fortifié ma foi chrétienne. J’ai vraiment l’impression d’avoir rencontré le Christ, de l’avoir vu, de lui avoir parlé. Les prières communes sont très porteuses, très intenses. Ce silence respecté par tant de personnes apaise, pacifie.
Un autre moment fort est la prière autour de la Croix : l’attente est très émouvante, puis arrive enfin l’instant de grâce où je me faufile jusqu’à la Croix pour y poser mon front. C’est une sorte de délivrance !
Hormis ces moments de prière, j’ai aussi côtoyé le Christ par l’intermédiaire de toutes les personnes rencontrées : jeunes pèlerins du monde entier, jeunes Italiens organisateurs, familles d’accueil. Tant de services, de rires partagés, de moments de convivialité et d’amitié.
Le retour à la vie réelle est rude. Vivement l’année prochaine.

Photos Sophie Hontaas

légende de gauche à droite et de haut en bas:
Olivier
Corinne, Hélène, Pierre, Marie, Alice et Gaëlle
Gérard, Armand et Michel.